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ALBERT GIGORD : une figure de Saint Geniès des Mourgues
(Photos et souvenirs recueillis auprès de Didier GIGORD, son petit fils)
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Jean Joseph Jeanjean
 

Présentation :

Tous les anciens du village se souviennent encore de la forte personnalité de mon grand-père Albert GIGORD (1er mai 1896 et décédé le 13 septembre 1974) ici aux côtés de sa femme Henriette.

A la naissance de mon père ils étaient courtiers en engrais et sulfate près de la gare et Henriette s’est rapidement révélée une habile commerçante prompte à faire payer les retardataires… ils n'ont pas continué le commerce après la mort de mon arrière-grand-père.

Assise à gauche, Anaïs, mon arrière grand-mère ; et le petit garçon, c’est mon père Ernest…

les vendangeurs s’amusent…

Mon père, Ernest GIGORD, (à droite sur la photo a côté du curé AUSSEL) m’a raconté qu’à cette époque (fin des années 1920 ?), les St Génièrois faisaient venir des gars des Cévennes pour les aider aux vendanges. Parmi eux, un certain T……. , était très gros avec un gros ceinturon. Il faisait porteur et aimait impressionner en faisant des numéros de force en portant des charges très lourdes.
Un jour, il s’est vanté :
- Vous allez voir, T….est capable de porter deux gars !
Et après avoir choisi deux costauds parmi les habitants du village, il les attachait ensemble avec son ceinturon. Mon père, tout petit, regardait ébahi et se disait :
- C’est pas possible, il va pas les soulever ?
Mais au moment où il croyait qu’il allait les soulever, T…… enlève son pantalon et frotte ses fesses sur la figure des deux malheureux ! Et tout le monde rigolait.


Mr POUTINGON, propriétaire du château :

Mr POUTINGON, ingénieur agronome était le propriétaire du château ; Dans les années 20, Albert GIGORD est devenu son charretier que l’on voit ici dans les vignes du château avec son attelage.
Doué pour conduire ses chevaux, Albert était souvent sollicité par son châtelain :
- J’ai du monde, vient faire ton numéro !
Et Albert faisait évoluer ses chevaux uniquement à la voix devant les invités !

A propos de ses vignes, le village se moquait un peu du châtelain. Car fort de sa formation d’ingénieur agronome (il voulait toujours faire des nouveautés !), et de son peu de souci de la rentabilité (vivant de sa rente, tirer un profit de la culture de la vigne aurait été contraire à sa condition !), il n’hésitait pas à arracher malgré l’incompréhension de son charretier et de son régisseur :
- vous perdez de l’argent, cette vigne commence à donner !
- Ah non, j’ai envie d’essayer autre chose, arrachez !
Et on replantait avec un nouveau cépage à tester….
Le chemin de Poutingon à Montpellier (ou se situe l’actuelle salle des ventes) ne célèbre pas le résultat de ces recherches, mais rappelle le domaine que la châtelain de St Geniès avait acheté là pour offrir à sa sœur qui se mariait

Albert : une figure du village :

Forte personnalité et têtu « comme une mule », mon grand père n’hésitait jamais à se jouer de ses compatriotes.

Pour un Noël, allant chercher un pin dans le bois de Missargues près de Sainte Colombe avec sa charrette, il emmène quelques jeunesses avec lui. Sur le chemin du retour :
- j’entends un bruit.. descendez, l’essieu est bien mal…
Et aussitôt le dernier descendu ; fouette cocher, les malheureux sont rentrés à pied !

Le berger d’Alphonse T… était son souffre douleur favori.

A l’occasion d’un retour entre amis de Montpellier par le train, Albert en avise quelques uns :
- vous allez voir, le berger va rentrer à pied !
Comme toutes les gares du trajet se ressemblaient beaucoup, à celle de Castries, Albert crie :
- Saint Geniès tout le monde descend.
Et joignant le geste à la parole, le petit groupe descend. Mais les initiés remontent par une autre porte… et notre berger est rentré à pied, seul, mais attendu à Saint Geniès par ses « amis » hilares…

Une autre fois que le berger avait sorti son troupeau, Albert qui passait dans le village pour celui qui savait dire le temps, l’alerte :
- T’es pas fou ! un gros orage va péter. Rentre vite tes bêtes.
Et le berger de s’exécuter, au grand énervement de son patron :
- qu’est ce que tu fais ?
- GIGORD m’a dit qu’un gros orage arrivait.
- espèce d’abruti, il ne t’en a pas assez fait GIGORD, tu le crois encore !

Quelques anciens du village s’énervent encore à l’évocation d’autres tours d’ALBERT. Mais il lui a été beaucoup pardonné ; car il donnait aussi beaucoup de sa personne aux autres en général et à l’église en particulier.

Sa fibre sociale l’avait conduit à être trésorier du Secours Mutuel – assurance complémentaire de l’époque – et son « bon à payer » quelquefois généreux, compréhensif et discret le faisait apprécier de tous.
Pourtant, son autre fibre cléricale et son caractère s’affichaient sans détour.
Après l’affaire de l’instituteur BALMOSSIERE (dans les années 30) qui avait fait arracher par les enfants, les pages consacrées à Jeanne d’Arc dans leurs manuels d’histoire (d’où la création d’une école privée…) ALBERT ne se promenait plus dans le village que muni d’un énorme missel. Et quand il était sollicité :
- ALBERT, chante nous une chanson.
Sa belle forte voix de basse, n’entonnait plus que le Credo en latin, et de préférence dans le café des « rouges » !
sacristain :

Après un accident d’attelage, ne pouvant plus s’employer comme charretier, il a offert ses services à diverses familles de Saint Geniès ; puis a été nommé sacristain de la chapelle des Pénitents Bleus à Montpellier.
Le premier Noël suivant, tout les habitants de Saint Geniès avaient déserté le village pour cette chapelle, espérant encore écouter ALBERT chanter la messe de minuit comme à l’accoutumée.
- Non, je ne la chanterai plus !
Et tous ont compris qu’un temps était fini, qu’il ne fallait pas discuter avec ALBERT et son caractère qui ne chanterait plus désormais qu’à la maison et pour sa famille.

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