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Fête votive 1951
QUE VIVE LA FETE, AVEC ESTRAMBORD!

En ce mois d'août 1951. les "générous". hôtes accueillants et festejaires s'il en est. se faisaient bien du souci. Le club taurin "Lou Marquès". promoteur de la bouvine et organisateur des courses d'après-guerre. disparaissait.
A l'initiative de Mr Gibert. le club taurin "Le Trident" prenait la relève et perpétue la bouvine St Geniéroise depuis 40 ans.
On pouvait alors amener les charrettes à la Promenade. tirer au sort les emplacements ombragés. boucher les trous avec des demi-muids.

"Régisseur" et "Tango" attendaient au Grand Radeau de fouler la difficile piste pour y défendre leurs ficelles. Les as du crochet viendraient déjeuner chez les gens de bouvino. Julot Lopez et sa bande se déguiseraient pour une désopilante charlotade.

Les jeunesses de Lansargues. Aigues-Vives. Saint-Laurent. Saint-Geniès... allaient rivaliser de rasets et plonger dans la pastière ou les ballots de paille.

Les tauromachiques attendaient beaucoup de la course des jeunes espoirs de Raynaud frères. La bouvino était prête. La "Boule Joyeuse" aussi puisqu'elle annonçait trois concours régionaux. réglement lyonnais. Kléber supervisait le tracé des cadres à la Promenade et à la gare.
Aux garçons de la classe de couper le buis au bois du Château. de suspendre les guirlandes; aux filles. les fleurs et la décoration de l'orchestre.
"Honneur aux étrangers". de Restinclières ou de Brest. trônait au-dessus de l'estrade.
Tout était prêt. La longue farandole pouvait traverser le village avec arrêt pour aubade au maire. Nan Crémier s'intallait et attaquait le bal dans un ordre de danses immuable tout au long des neuf jours: pasodoble. rumba. tango. valse. slow ou boston. java. danse d'invitation...

L'apéritif arrive: vin blanc citron. Dubonnet. Mandarin seltzé pour les anciens; jaune. tomate. asperge. verdet pour les jeunes. Passons à table,
avec les invités des villages voisins à qui l'on rend les repas de l'année finissante, pour manger les canards aux olives qui ne viennent pas tous de la même basse-cour.

Après avoir chanté et déclamé, retour au Plan pour le café nature. bossu. anisé, velouté: suivis du Négrita, liqueur jaune, ou de Dantzig. Reprise du bal, entr'acte, tour de cave. Les maisons accueillantes étaient repérées par l'obscurité ambiante, les ampoules communales ayant éclaté par enchantement. Farandole finale, bonne nuit mais pas pour tous!
Un réveillon, tantôt chez Maurice, tantôt au Café de France, réunissait la jeunesse: anchoiade, saucisse. oeufs voilés, aubergines du lendemain...
La vachette attachée à la pompe agitait sa cloche pour appeler les raseteurs échauffés. Les jours de course, départ aux prés avec les moyens
du bord; passage obligatoire dans le pays-bas endormi pour décrocher les rideaux, capes dérisoires. et taper le martelet, Plus de blanc d'Espagne sur les espadrilles, mais des bleus au corps et une tête rougeaude et dodelinante.
Le lundi prenait les apparences trompeuses d'une journée calme. Le passage du gâteau exigeait un apéritif tardif. Costumés et cravatés,
jupon nées et fleuries, au son d'une polka mazurka, garçons et filles toumaient autour de la piste de danse agrandie pour la circonstance.
Arrêt buffet à la table. poutouns. tour de piste et... au couple suivant. Les futures belles-mères assises comme au pesage commentaient ce défilé de mode et de yearlings. La promenade du gâteau était empreinte de gravité parmi les turbulences festives. Sans embellir le passé, sans nostalgie, reconnaissons qu'elle avait sa place dans l'esprit familial et convivial qui régissait les fêtes d'antan.
Les jeunes. jeunesse divin trésor, récupéraient. Le repas de la classe était servi au café. Après des fines au pluriel indéfini, le queitou endiablé,
serviettes nouées, prouvait la force et l'endurance des festejaires.
Suivaient, à la nuit tombante, le feu d'artifice et l'envolée du ballon qui allait annoncer aux environs "Sa nt Genies es en festa!".
La fête continuait, Au plaisir des anciens. qui écoutaient religieusement le concert donné par la Société Méridionale des Artistes de Toulouse et du Casino de Sète, correspondait un léger repos pour les vingt ans. Nan Crémier étirait les notes du "Dénicheur" ; le concours de valses remettait tout le monde en piste, à l'envers, à l'endroit.
Relâches au saquet du raseteur pour la caisse d'huîtres, à la maison Caramel pour les gisclets, au boulevard des Yeux de Chatte pour une
amourette.
Débordements des festejaires au gré des bandes, impromptus comiques inopinés, suppléments au programme issus de digestions euphoriques.
Heures calmes, agitées, houleuses nous amènent inexorablement au couvre-feu.
"Paure Sant Genies, ara qu'avem tot acaba..."
"Pobre de mi", chantent aussi les Pamplonais, en allumant des chandelles.
Triste lundi sans reviure. Le cantonnier municipal est maître de la rue; les petits cherchent les piécettes tombées de la serviette des raseteurs, la
jeunesse nettoie la rausa et la gresa à grands coups d'eau fraîche.
A l'an que ven que se siam pas mai, seguem pas mens!

Extrait du Bulletin municipal de Saint Geniès des Mourgues (juillet 1991)

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