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histoire et anecdotes…

Des trois départements à vocation taurine, l'Hérault paraît le plus désavantagé, puisque ne comptant que quelques villages fervents de bouvine entre Montpellier et Lunel. Il n'en reste pas moins que là où elle est installée, la FE DI BIOU est forte et compte de très nombreux aficiounados.

C'est dans l'un de ces villages que nous vous emmenons, et c'est beaucoup plus l'historique d'un pays de traditions taurines que celui d'un C. T. : Le TRIDENT de Saint-Geniès-des-Mourgues que nous vous présentons.

Dans ce bourg de 1.700 habitants, accroché aux coteaux et garrigues au bord de la N. 113, l'activité première est l'exploitation des carrières de pierre de taille et d'art. Par la suite, le vignoble a pris une grande part dans le mode de vie du village, et son vin A.O.C. apporte dans toute la France et à l'étranger ce bouquet Languedocien que les touristes s'empressent de venir retrouver au moment des vacances.

Pour ces durs travailleurs de la pierre et de la terre, la grande joie est d'être tout près des marais où paissent les manades et les quelques kilomètres qui les en séparent sont vite franchis pour se retrouver au cœur même de cette bouvine qui les passionne. Certains d'entre eux deviennent cavaliers et prêtent leur concours aux manadiers. Cette vocation devient très vite une tradition à St-Geniès qui compte de nos jours de très nombreux cavaliers, dont A. ROUQUAIROL, clavaire de la Nacioun Gardiano et successeur de M. Albert MARTIN également du pays.

Aussi faut-il remonter bien avant 1914 pour retrouver les premières courses de taureaux amenées par les manadiers ABEL et COMBET avec des chars à chevaux et qui se déroulent dans un plan de charrettes installé sur les aires, et dont le toril est fait de quatre pressoirs roulants. Ces courses sont organisées par des aficiounados qui collectent après des habitants de quoi payer le bétail. Cette tradition s'appelle faire une "lève". Par la suite, c'est le manadier GRANON qui fournit les taureaux pour les courses de la fête votive de la St Louis, le 25 août. Pour la première abrivado qui se situe vers 1927, on fait appel au manadier BLATIERE et ce sont Alfred et Arthur qui, accompagnés de GRANON et des cavaliers de Saint Geniès, amènent le bétail. Ce jour-là, un groupe d'aficiounados décidés à faire échapper, font un mur de chair devant l' abrivado ; le résultat en est assez désastreux: on déplore plusieurs blessés dont un atteint d'un traumatisme crânien très grave. Il va sans dire que cet accident refroidit les organisateurs et les abrivados sont suspendues.

Aux environs de 1930, le plan de charrettes est déplacé sur la promenade, là où se trouvent les arènes actuelles. Une course de F. GRANON y est présentée avec notamment 75 et rasetée par: GARONNE, RICHARD dit Barbette, TOUSSAINT, etc... C'est vers cette époque que l'on décide de changer de manadier et c'est RAYNAUD qui prend la suite et en garde le monopole pendant une vingtaine d'années. En 1942-43, une course retient l'attention car elle est offerte au profit des prisonniers de guerre. Exceptionnellement, c'est le manadier REBUFFA T qui amène le bétail, et au cours de celle-ci un taureau s'échappe en passant sous une charrette. Il traverse la village en causant une panique indescriptible, se sauve en direction des marais et ce sans avoir causé un seul accident.

Après la Guerre, une nouvelle tentative d'abrivado est décidée, c'est le manadier RAYNAUD toujours aidé par les cavaliers du village qui en assurent le déroulement. Cette fois ce sera un succès complet, mais pour des raisons inconnues elle sera sans lendemain. Par ailleurs on équipe le Plan de barrières à claire-voies, faites avec des poteaux et c'est dans cette piste rénovée qu'est présentée la Grande Course de RAYNAUD avec SCORPION, CERF, PRINTEMPS, TANGO, etc… qu'affrontent entre autres GINIES et les jeunes LANSAC et SICARD et au cours de laquelle le raseteur JEAN de Saint-Nazaire-de-Pezan est très grièvement blessé par SCORPION.

Bien qu'un C. T. ait existé de 1914 à 1940, au nom de LOU RASET, ses activités étaient assez restreintes, aussi en 1948, les trois mousquetaires P. BESTIEU, A. MARTIN et ROUQUAIROL décident- ils d'en fonder un nouveau au nom de LOU MARQUES. Ils sont aidés en cela par C. DELON, G. SERANE (frère de Léon), J. GUIRAL, A. DURAND. Cela relance fortement l'aficion, mais le club, malheureusement, sera éphémère et ne durera que deux ans, mais aura contribué à la création du suivant, le 13 avril 1950 sous le nom de LE TRIDENT.

Pendant cette période une course marque dans les souvenirs des gens de St-Geniès, on en rit encore aujourd'hui mais cela aurait pu tourner au drame. Parmi les taureaux de la course il y a un jeune ternen qui porte un nom qui va devenir célèbre: VOVO. Lors du débarquement du taureau dans le Toril, deux hommes sont à l'intérieur juchés sur un fût, ce sont MM. CATHEBRAS et Léon SERANE. La porte se referme et les voilà enfermés avec un fauve déchaîné, cognant et sautant dans tous les sens. Ils ne doivent leur salut qu'à une sortie en catastrophe par la seule issue possible: le petit « ,fénèstroun » du Toril. Donc à la Présidence de ce nouveau C. T. se tient C. GIBERT assisté de MM. F. JANIN (père du manadier), E. et A. ROUQUAIROL, R. ROUX, G. VALENTIN, E. TOURREAU. Dès lors on organise des ferrades et des sorties dans les manades. On supprime les poteaux des barrières du Plan que l'on remplace par des barrières pleines, et au fil des années et suivant les moyens du club on aménage le Plan de charrettes en arènes.

En 1953, c'est la grande Royale de RAYNAUD avec: EVEQUE, REGISSEUR, MAQUISARD, CERF, etc... qui vient défendre ses couleurs face aux: FIDANI, VOLLE, GARIGUES, CABANIS, GINOUX, LANSAC. Les arènes sont archicombles et la course obtient un très grand succès. Cette course avait été louée un an à l'avance. Vers 1955, le monopole RAYNAUD s'achève, et bien que continuant à amener encore de nos jours, on fait appel à d'autres manadiers. Les deux précédentes abrivados ont laissé de trop bons souvenirs dans le cœur des aficiounados de St-Geniès qui souhaitent les voir se renouveler. Ils sont avides de participer aux jeux taurins; aussi dès 1961, elles sont reprises par le manadier voisin et expert en la matière Michel ZUCCARELLI.

Encore aujourd'hui, elles sont l'attraction n° 1 de la fête votive. Toutefois le feu d'artifice de cette fête est la journée du Mardi, journée réservée au Club Taurin LE TRIDENT et qui se déroule comme suit: dès le matin, ce sont les départs très nombreux des équipages hétéroclites en direction des paluns où se trouvent les manades. Après un copieux déjeuner bien arrosé, on assiste aux ferrades et l'on s'amuse avec les vaches emboulées dans le Bouvau. A midi, c'est le retour au village pour l'abrivado traditionnelle, suivi de l'apéritif à la cruche où le pastis coule à flot. L'après-midi c'est la grande course aux arènes où l'on vient applaudir les exploits des cocardiers et des as du crochet; enfin en nocturne, un spectacle taurin complet est offert en clôture de cette grandiose et mémorable journée.

En ce temps-là deux noms font courir les aficiounados dans les arènes où elles sont présentées: MIRAILLETTE et FORAINE deux vaches cocardières de la manade REBUFFAT. En 1962, elles sont au programme à St Geniès, elles enferment 150.000 A.Frs d'attributs et le raseteur PEYRE est sérieusement malmené heureusement sans mal par FORAINE, dans un saut après l'homme.

Cette même année, la présidence du club est confiée à un très grand aficiounado qui encore aujourd'hui est considéré comme un des grands hommes de bouvine : Léon SERANE. Qui ne le connaît pas? Depuis le Languedoc jusqu'aux fins fonds de la Provence, sa silhouette ne passe pas inaperçue dans les arènes où il assiste à toutes les courses (90 par an environ). Il apporte à chacun ses connaissances tauromachiques illimitées et ses conseils sont des plus écoutés. Malgré son âge, les longs déplacements ne lui font pas peur pour voir un bon spectacle. Il a connu certes le bon vieux temps, mais il n'y est pas resté, et en continuant à suivre de très près les courses il a évolué avec elles et peut se permettre aujourd'hui de parler avec objectivité de la COURSE CAMARGUAISE actuelle. Membre de la commission du Trophée Midi Libre-Le Provençal où son concours est très apprécié, il compte de très nombreux amis dans tout ce monde de la bouvine. A St-Geniès et dans toute la région, on n'hésite pas à faire appel à lui et c'est avec plaisir et dévouement qu'il accepte de rendre service.

C'est sous sa présidence que de nouvelles améliorations sont apportées aux arènes avec l'aide financière de la municipalité. De très grands cocardiers vont alors défiler dans la piste héraultaise : RAMONEUR, BECHET, CARAQUE, SANTIAGO, GENDARME, etc... ainsi que des grands noms du crochet: SOLER, FALOMIR, SAN JUAN, PASCAL, CANTO, etc... C'est à St-Geniès que SANTIAGO, de BLATIERE, fait sa dernière course, alors que plus tard le célèbre GOYA Y court en taureau jeune et encore inconnu du grand public. Le 2 mars 1967, G. SERANE reçoit le mérite taurin des mains de L. ROUQUETTE de Nîmes. En août 1969, c'est autour du cocardier LOUPIOT, de LAURENT, de se révéler dans la piste de St-Geniès où après une course très spectaculaire, il saute après le lansarguois CESAR et blesse un spectateur dans la contre-piste.

L'année suivante, accablé par de trop nombreuses activités extérieures, Léon SERANE abandonne la présidence du club à son grand ami le manadier Yves JANIN. La NACIOUN GARDIANO avec une majorité des cavaliers de St Geniès membres du C. T. se rend à Dijon, à l'occasion des fêtes de la Vigne et du Vin où sont représentés tous les folklores de France et de l'étranger. La NACIOUN GARDIANO y remporte le premier prix national du folklore symbolisé par un magnifique collier en argent que le chanoine KYR passe au cou de M.A. ROUQUAIROL devant une dizaine de milliers de personnes. Une belle victoire de nos traditions camarguaises.

En 1971, dans l'Abbaye royale du XIe siècle fondée par le noble et puissant seigneur GONDRAN, se déroule une messe provençale qui est reprise tous les ans pour la fête votive. Deux ans plus tard, en 73, une course marque la saison, c'est celle de la Royale de LAFONT. J. SIMEON doit quitter la piste au premier taureau, alors que son frère Jean-Pierre et RADO sont également blessés au quatrième. La saison dernière, le C. T. LE TRIDENT et le village de Saint-Geniès-des-Mourgues font revivre une tradition aujourd'hui disparue: la bénédiction des "ROSSES". Rassemblés sur la place, une vingtaine de chevaux reçoivent la bénédiction; ensuite, lâchés à travers les rues du village, dans un galop effréné, ils rejoignent les pâturages. Les dernières manifestations de ce genre étaient l'apanage des Saintes-Maries-de-la-Mer.

M. PERO.

1986 - Gérard GEHIN élu président du club taurin " LE TRIDENT".

Ce mercredi, réunion importante au club taurin "Le Trident" car il fallait procéder à l'élection du président M. F. Fournier, après vingt-deux ans (7 ans trésorier, 15 ans président) de bons et loyaux services au club; se démettait de ses fonctions.
C'est le 7e président, après MM. Gibert, Vice-président, André Rouquairol (secrétaire de la Nacioun Gardiano), Janin (père), Sérane, Janin (Fils) et M. Fournier, du club, créé en 1950, qu'il fallait élire. Secrétaire: Gabriel Tari. Trésorier: Jean-Luc Despeil. Norbert Frizol, Yves Ruas, Yvon Pellet,Vinrent Marre, André Delon, Alain Rouvière,Yves Janin. Tous ces membres du Bureau ayant chacun une responsabilité au sein du club.
M. André Rouquairol, vice-président, remercia M. Fournier du travail assidu qu'il avait accompli pendant son mandat et fait appel aux aficionados de venir grossir le nombre d'adhérents au bureau pour venir apporter leur aide au club. Cette réunion se termina dans une bonne ambiance, puis, comme toujours, par un apéritif, Puis, il remit un cadeau à M. Fournier, au nom du bureau du club. M. Georges Valentin en fit de même, en représentant les aficionados de Saint Geniès. Après la remise de ces cadeaux, on procéda à l'élection du président Ce fut Gérard Gehin qui fut désigné à l'unanimité et sous les applaudissements.
N.B. rajoutons à liste de la composition du bureau, les noms de MM. Pierre Bousquet, responsable de l'aménagement des arènes et de Patrick Vié, secrétaire adjoint. Très bon choix, porté sur cet homme sérieux et sympathique qui connaît bien les questions taurines (n'est-il pas le directeur des arènes de Lunel). Il sera entouré par un groupe d'hommes dévoués et compétents dans les problèmes de la course libre en souhaitant une bonne saison taurine 86/87 pour le club "Le Trident". René Carayon.

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