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Rétrospective Jacques de Baroncelli - Musée d'Orsay (Paris) du 11 mars au 4 avril 2005

Une grande famille méridionale : les Baroncelli.
Elle compte dans ses rangs un Gardois, le regretté cinéaste Jacques de Baroncelli et une spirituelle marquise Sophie Desmarets.

Les Baroncelli sont une des plus vieilles familles de Provence, voire de France. Leurs archives, les plus belles et les plus touffues qui soient, sont jalousement gardées en le Palais du Roure, berceau de l'illustre lignée.

Le premier Baroncelli.
Pierre Baroncelli, premier du nom au Comtat Venaissin, fils de Jacopo et de Antonia Lamberteschi, était né à Florence le 11 octobre 1431. Trésorier général du Saint Siège, ambassadeur auprès du pape Sixte IV, il vint se fixer en Avignon quand le parti des Médicis dépouilla sa famille de ses droits, charges et dignités auxquels ses membres pouvaient prétendre dans les gouvernements de la République.
Dès l'an 1447, on le trouve recteur de la confrérie de l'Automne Notre Dame la Majeure, une des principales œuvres de bienfaisance d'Avignon.
Dans cette ville il acquit, le 1er juillet 1468 deux maisons sises sur la paroisse de l'église Saint Agricol, dont l'une devint l'hôtel de Baroncelli, puis entre les années 1482 et 1497, de nombreux biens situés sur les territoires d'Entraigues, de Saint Saturnin, de Jonquières, de Loriol et d'Aubignan.

Les premiers marquis.
Issu de cette famille de patriciens de Florence, le premier marquis fut Georges-Joseph de Baroncelli, fils de Paul-Barthélémy et de Marguerite d'As Toaud de Murs.
Georges Joseph naquit à Avignon le 29juin 1635. Il fut fait marquis par une bulle d'inféodation à perpétuité donnée par le pape Léon X.
Il épousa le 19 août 1690, Louise de Bolfin d'Argenson de la Saône, une jeune fille de la noblesse dauphinoise, appartenant à une vieille famille parlementaire qui occupait des charges à la Cour de Versailles.
Le père de Louise de Bolfin, seigneur d'Argenson de la Saône, de Chaste et de Moydans, était conseiller au Parlement de Grenoble et avait épousé une jeune fille noble, Jacqueline de Catherine.
Georges Joseph apporta d'importantes modifications à l'Hôtel des Baroncelli à Avignon et acheta la terre et la seigneurie de Saze, en Languedoc et, jusqu'à la révolution, les Baroncelli ajoutèrent à leur titre de marquis de Javon, celui de seigneur de Saze.
Il eut huit enfants et mourut dans l'hôtel des Baroncelli le 12 août 1721. Il est enterré dans la chapelle des Baroncelli en l'église des Cordeliers à Avignon.
Il reste de lui un portrait attribué à Mignard qui figure dans la galerie de l'hôtel des Baroncelli, tout près de celui de la première marquise, portrait d'un peintre non identifié celui là.

Page de la Dauphine et officier des galères.
Le fils aîné de Georges Joseph fut le deuxième marquis. C'est Félicien Joseph de Baroncelli, le premier de la lignée à être envoyé à Versailles. Il fut page de Madaame la Dauphine, Marie Adélaïde de Savoie, et fut ensuite à la grande écurie du roi Louis XV. Né à Avignon le 12 mai 1697, il épousa le 16 décembre 1714, Louise Victorine d'Anselme, fille de Pompée d'Anselme, comte palatin, chevalier de l'ordre du pape, et de Marie de Ranquet. Il mourut au château de Saze le 1er avril 1772.
Joseph Félicien Pompée, troisième marquis de Baroncelli, né à Avignon le 25 novembre 1716, fils aîné du précédent (comme dans le dictionnaire), fut également page de Louis XV, mais fut aussi officier des galères royales et chevalier de Saint Louis. Marié le 14 août 1748 à Avignon avec Delphine Thérèse de Beli de Roaix, fille de Joseph François, seigneur de Malespine et de Jeanne de Henrici, Joseph François mourut à Avignon le 19 juillet 1786.

Rien que des gentilshommes.
Son fils Alexandre Joseph Félicien, né également à Avignon le 23 avril 1753, hérita du titre et également chevalier de Saint Louis, fut major des gardes françaises.
Il épousa le 16 avril 1781 par contrat signé du roi, Alexandrine Marie Orée dite de Courselles, le mariage religieux fut célébré le 23 mai suivant dans la chapelle du collège Mazarin (aujourd'hui la grande salle de l'Académie Française, au palais de l'Institut).
Le quatrième marquis mourut à Avignon le 27 décembre 1807. Son fils Alexandre Joseph Félicien Pompée, naquit à Paris le 19 mars 1782. L'hôtel des Baroncelli à Paris était situé avant la Révolution au n° 135 de la rue Richelieu. Il occupait l'emplacement de l'immeuble voisin (moderne) qui porte le n° 45.
Alexandre Joseph Félicien Pompée, cinquième du titre, fut chevalier de dévotion de l'ordre de Malte, décoré des croix de Saint Louis, du Christ, du Lys et de Saint Hubert.
Il épousa le 6 avril 1807 Augustine Françoise de Varènes de Champfleury et décéda au château de Jonquerettes en Vaucluse, le 27 avril 1856, un jour après sa femme, joli exemple d'attachement conjugal.
Son fils aîné Alexandre Joseph Gabriel Marie, naquit à Avignon le 3 février 1808. Chevalier de l'ordre de Saint Sépulcre, il fut ensuite officier d'état major. Démissionnaire en 1830, il épouse le 25 septembre 1832 Euphrosine Marie Le Rebourg et, sixième marquis, mourut le 27 mars 1889.
Son fils aîné Alexandre Hippolyte Albert Henri né le 29 septembre 1833 épousa au château d'Aiguille, dans la Drôme, le 27 avril 1886, Charlotte Marie Louise de Bernes de la Haye, fille de Daniel Jean Baptiste, comte de la Haye et de Marie Jeanne de Dijon de Cumans.
Alexandre Hippolyte Albert Henri septième marquis de Baroncelli, mourut le 1er janvier 1900; il eut le temps d'apercevoir le vingtième siècle, mais mourut sans laisser de fils.
C'est le fils de son jeune frère Alexandre Hippolyte Marie Augustin Raymond de Baroncelli qui lui succéda au titre : c'était Marie Joseph Lucien Folco, né à Aix en Provence, le 1er novembre 1869.
Sa mère était demoiselle de Chazelles Lunac.

Le manadier.
Celui ci c'est Folco le célèbre manadier, le gentilhomme fermier dont la renommée fut si grande.
Son amour de la Provence, la poésie, les Beaux Arts et les chevaux rendirent encore plus connu le nom des Baroncelli.
Celui qui, chez nous, l'on appelait tout simplement "Le Marquis" mourut le 18 décembre 1843. Enterré tout d'abord au cimetière Saint Véran à Avignon, on se souvient du transfèrement de ses cendres, il y a quelques mois seulement (Le journal du Gard-Le Méridional-La France article paru 195?). Le Marquis repose maintenant aux Saintes Maries de la Mer en pleine Camargue qu'il a su aimer et chanter.
Folco qui avait épousé le 7 février 1895 une jeune fille provençale, Henriette Constantin, n'eut que des filles : Nerto (actuellement épouse du commandant de marine Bonis), Maguelone (Madame de Montgolfier) et Frédérique (Madame Henri Aubanel).
Quand il mourut, c'est son frère cadet Jacques qui devint marquis, le neuvième du nom.
Jacques Marie Joseph Henri était né le 25 juin 1881 au château de la Belle Côte, dans le Gard. Celui là aussi est très connu. Grand metteur en scène du cinéma dont il fut l'un des pionniers, il réalisa surtout du temps du muet, des œuvres qui font époque et au cinéma parlant il signa des films de grande valeur.
Né pour être poète (il écrivit des vers remarquables) il sut transposer son talent dans le domaine de la pellicule et il écrivit son nom dans l'histoire du cinéma mondial.
Jacques de Baroncelli épousa le 26 avril 1911 à Paris, Marguerite de Mont de Banque, fille de Louis Mathieu et de Jeanne Clotilde de Surville.
Il mourut subitement en son appartement de l'avenue Mac Mahon à Paris.
Son corps fut transféré, on s'en souvient à Avignon qui lui fit des funérailles solennelles.
Derrière le convoi funèbre marchait un jeune homme à la peau mate et au cheveu noir : c'était le fils du défunt, Jean de Baroncelli, dixième marquis.

Le romancier.
Marie Joseph Henri Jean de Baroncelli de Javon est né à Paris le 25 mars 1914. Son physique de jeune premier de théâtre perpétuel masque des praticiens de Florence, et s'il est l'héritier du titre, il est également héritier des dons spirituels de la lignée des Baroncelli.
De cette famille d'êtres sélectionnés, il se devait d'illustrer son nom : Jean de Baroncelli est un écrivain de talent.
Son premier roman, "Vingt-six hommes" (Grasset, 1941)fut très apprécié. On lui doit aussi "Le disgracié" et "Né en 14" (comme lui) (Grasset, 1945). Enfin, son dernier roman est paru récemment : "Les chevaliers de la lune".
C'est l'histoire des Lestequelli, une vieille famille aristocratique florentine transplantée en Provence. Cette famille ressemble du reste beaucoup à celle des Baroncelli.
Jean de Baroncelli qui collabore à de nombreuses revues littéraires voit un talent sûr s'épanouir fermement.
Héros de la guerre 39-45 et pêcheur de lune, Jean de Baroncelli est un pur produit d'une famille que les Médicis combattirent et qui réunit les noms glorieux de Béatrice Portinari, la fiancée de Dante, de Madeleine de Strozzi et de Laure de Sade.
Jean de Baroncelli est marié, et sa femme, la dixième marquise de Baroncelli, vous la connaissez tous : c'est Sophie Desmarets.
Il décède en 1998.
Une publication lui a été consacrée : Jean de Baroncelli : un "amateur" de cinéma 1914-1918 par Eugene C. McCreary. Archives n°80, avril 1999. Elle est en vente sur le site de l'Institut Jean Vigo : http://www.inst-jeanvigo.asso.fr/sommaire.html

La jolie marquise des temps modernes.
Sophie Desmarets est la fille de Bob Desmarets, l'ancien directeur du vélodrome d'hiver à Paris.
Bob Desmarets ! Nom évocateur d'une certaine belle époque : celle du Vel' d'Hiv' . C'était le temps des poursuites et des américaines, Wambst et Lacquehay, l'équipe reine des Six Jours, Van Kempen, Blanchonnet et Onésime Boucheron.
Grand, corpulent, le nez surmonté d'un binocle, Bob Desmarets était très populaire dans son vélodrome de la rue Nélaton.
Un soir des Six Jours de 1925, alors que les gradins grouillaient, que Berretot annonçait les primes et que Jean Rodor chantait au micro : "C'est la route infernale qui va durer six jours", Bob Desmarets, parmi les soupeurs de la pelouse, ajustait son lorgnon et évaluait d'un air satisfait sa belle chambrée. On vint soudain annoncer la naissance de sa fille Jacqueline.
Jacqueline devint une grande et une jolie jeune fille au nez à la parisienne et aux cheveux d'un beau blond vénitien.
Elle voulait être actrice et y parvint. Elle entra au conservatoire et fut l'élève de Louis Jouvet, celui-ci lui dit un jour : "Toi, tu es comique, tu devrait t'appeler Sophie ! ..."
Va pour Sophie. Et Sophie Desmarets débuta dans "Premier rendez vous", un petit rôle certes, mais très remarqué. Peu après, en 1944, elle obtenait son premier prix de conservatoire.
Sa carrière, on la connaît, puisque Sophie Desmarets est devenue une star de France et les revues de cinéma parlent d'elle chaque semaine : "Seul dans la nuit", "Mon Ami Sainfoin", "Le Roi", avec Maurice Chevalier.
Au théâtre, sa carrière est également des plus belles : "Ninotchka" et "Le soldat de la sorcière" sont ses créations les plus remarquées.
Voilà donc Sophie marquise ! Elle n'en est pas plus fière pour ça. Avec ses yeux rieurs et son nez en l'air, elle contemple la belle lignée des marquises qui l'ont précédée et porte altièrement un des plus beaux titres de France.
Elle est fort spirituelle. Une comédienne dissimulant mal un âge canonique lui disait un jour : "Ah ! c'est vous Sophie Desmarets, celle qui a eu son premier prix de Conservatoire sous Pétain ?" - "Oui madame, c'est mieux que de l'avoir eu sous Félix Faure"
L'esprit étant, dit-on l'apanage des grands, par cette réplique Sophie Desmarets est bien une marquise.
J.-M.A.

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