| Une grande famille
méridionale : les Baroncelli.
Elle compte dans ses rangs un Gardois, le regretté cinéaste
Jacques de Baroncelli et une spirituelle marquise Sophie Desmarets.
Les Baroncelli sont
une des plus vieilles familles de Provence, voire de France. Leurs archives,
les plus belles et les plus touffues qui soient, sont jalousement gardées
en le Palais du Roure, berceau de l'illustre lignée.
Le premier Baroncelli.
Pierre Baroncelli, premier du nom au Comtat Venaissin, fils de Jacopo
et de Antonia Lamberteschi, était né à Florence
le 11 octobre 1431. Trésorier général du Saint
Siège, ambassadeur auprès du pape Sixte IV, il vint se
fixer en Avignon quand le parti des Médicis dépouilla
sa famille de ses droits, charges et dignités auxquels ses membres
pouvaient prétendre dans les gouvernements de la République.
Dès l'an 1447, on le trouve recteur de la confrérie de
l'Automne Notre Dame la Majeure, une des principales uvres de
bienfaisance d'Avignon.
Dans cette ville il acquit, le 1er juillet 1468 deux maisons sises sur
la paroisse de l'église Saint Agricol, dont l'une devint l'hôtel
de Baroncelli, puis entre les années 1482 et 1497, de nombreux
biens situés sur les territoires d'Entraigues, de Saint Saturnin,
de Jonquières, de Loriol et d'Aubignan.
Les premiers marquis.
Issu de cette famille de patriciens de Florence, le premier marquis
fut Georges-Joseph de Baroncelli, fils de Paul-Barthélémy
et de Marguerite d'As Toaud de Murs.
Georges Joseph naquit à Avignon le 29juin 1635. Il fut fait marquis
par une bulle d'inféodation à perpétuité
donnée par le pape Léon X.
Il épousa le 19 août 1690, Louise de Bolfin d'Argenson
de la Saône, une jeune fille de la noblesse dauphinoise, appartenant
à une vieille famille parlementaire qui occupait des charges
à la Cour de Versailles.
Le père de Louise de Bolfin, seigneur d'Argenson de la Saône,
de Chaste et de Moydans, était conseiller au Parlement de Grenoble
et avait épousé une jeune fille noble, Jacqueline de Catherine.
Georges Joseph apporta d'importantes modifications à l'Hôtel
des Baroncelli à Avignon et acheta la terre et la seigneurie
de Saze, en Languedoc et, jusqu'à la révolution, les Baroncelli
ajoutèrent à leur titre de marquis de Javon, celui de
seigneur de Saze.
Il eut huit enfants et mourut dans l'hôtel des Baroncelli le 12
août 1721. Il est enterré dans la chapelle des Baroncelli
en l'église des Cordeliers à Avignon.
Il reste de lui un portrait attribué à Mignard qui figure
dans la galerie de l'hôtel des Baroncelli, tout près de
celui de la première marquise, portrait d'un peintre non identifié
celui là.
Page de la Dauphine
et officier des galères.
Le fils aîné de Georges Joseph fut le deuxième marquis.
C'est Félicien Joseph de Baroncelli, le premier de la lignée
à être envoyé à Versailles. Il fut page de
Madaame la Dauphine, Marie Adélaïde de Savoie, et fut ensuite
à la grande écurie du roi Louis XV. Né à
Avignon le 12 mai 1697, il épousa le 16 décembre 1714,
Louise Victorine d'Anselme, fille de Pompée d'Anselme, comte
palatin, chevalier de l'ordre du pape, et de Marie de Ranquet. Il mourut
au château de Saze le 1er avril 1772.
Joseph Félicien Pompée, troisième marquis de Baroncelli,
né à Avignon le 25 novembre 1716, fils aîné
du précédent (comme dans le dictionnaire), fut également
page de Louis XV, mais fut aussi officier des galères royales
et chevalier de Saint Louis. Marié le 14 août 1748 à
Avignon avec Delphine Thérèse de Beli de Roaix, fille
de Joseph François, seigneur de Malespine et de Jeanne de Henrici,
Joseph François mourut à Avignon le 19 juillet 1786.
Rien que des gentilshommes.
Son fils Alexandre Joseph Félicien, né également
à Avignon le 23 avril 1753, hérita du titre et également
chevalier de Saint Louis, fut major des gardes françaises.
Il épousa le 16 avril 1781 par contrat signé du roi, Alexandrine
Marie Orée dite de Courselles, le mariage religieux fut célébré
le 23 mai suivant dans la chapelle du collège Mazarin (aujourd'hui
la grande salle de l'Académie Française, au palais de
l'Institut).
Le quatrième marquis mourut à Avignon le 27 décembre
1807. Son fils Alexandre Joseph Félicien Pompée, naquit
à Paris le 19 mars 1782. L'hôtel des Baroncelli à
Paris était situé avant la Révolution au n°
135 de la rue Richelieu. Il occupait l'emplacement de l'immeuble voisin
(moderne) qui porte le n° 45.
Alexandre Joseph Félicien Pompée, cinquième du
titre, fut chevalier de dévotion de l'ordre de Malte, décoré
des croix de Saint Louis, du Christ, du Lys et de Saint Hubert.
Il épousa le 6 avril 1807 Augustine Françoise de Varènes
de Champfleury et décéda au château de Jonquerettes
en Vaucluse, le 27 avril 1856, un jour après sa femme, joli exemple
d'attachement conjugal.
Son fils aîné Alexandre Joseph Gabriel Marie, naquit à
Avignon le 3 février 1808. Chevalier de l'ordre de Saint Sépulcre,
il fut ensuite officier d'état major. Démissionnaire en
1830, il épouse le 25 septembre 1832 Euphrosine Marie Le Rebourg
et, sixième marquis, mourut le 27 mars 1889.
Son fils aîné Alexandre Hippolyte Albert Henri né
le 29 septembre 1833 épousa au château d'Aiguille, dans
la Drôme, le 27 avril 1886, Charlotte Marie Louise de Bernes de
la Haye, fille de Daniel Jean Baptiste, comte de la Haye et de Marie
Jeanne de Dijon de Cumans.
Alexandre Hippolyte Albert Henri septième marquis de Baroncelli,
mourut le 1er janvier 1900; il eut le temps d'apercevoir le vingtième
siècle, mais mourut sans laisser de fils.
C'est le fils de son jeune frère Alexandre Hippolyte Marie Augustin
Raymond de Baroncelli qui lui succéda au titre : c'était
Marie Joseph Lucien Folco, né à Aix en Provence, le 1er
novembre 1869.
Sa mère était demoiselle de Chazelles Lunac.
Le manadier.
Celui ci c'est Folco le célèbre manadier, le gentilhomme
fermier dont la renommée fut si grande.
Son amour de la Provence, la poésie, les Beaux Arts et les chevaux
rendirent encore plus connu le nom des Baroncelli.
Celui qui, chez nous, l'on appelait tout simplement "Le Marquis"
mourut le 18 décembre 1843. Enterré tout d'abord au cimetière
Saint Véran à Avignon, on se souvient du transfèrement
de ses cendres, il y a quelques mois seulement (Le journal du Gard-Le
Méridional-La France article paru 195?). Le Marquis repose maintenant
aux Saintes Maries de la Mer en pleine Camargue qu'il a su aimer et
chanter.
Folco qui avait épousé le 7 février 1895 une jeune
fille provençale, Henriette Constantin, n'eut que des filles
: Nerto (actuellement épouse du commandant de marine Bonis),
Maguelone (Madame de Montgolfier) et Frédérique (Madame
Henri Aubanel).
Quand il mourut, c'est son frère cadet Jacques qui devint marquis,
le neuvième du nom.
Jacques Marie Joseph Henri était né le 25 juin 1881 au
château de la Belle Côte, dans le Gard. Celui là
aussi est très connu. Grand metteur en scène du cinéma
dont il fut l'un des pionniers, il réalisa surtout du temps du
muet, des uvres qui font époque et au cinéma parlant
il signa des films de grande valeur.
Né pour être poète (il écrivit des vers remarquables)
il sut transposer son talent dans le domaine de la pellicule et il écrivit
son nom dans l'histoire du cinéma mondial.
Jacques de Baroncelli épousa le 26 avril 1911 à Paris,
Marguerite de Mont de Banque, fille de Louis Mathieu et de Jeanne Clotilde
de Surville.
Il mourut subitement en son appartement de l'avenue Mac Mahon à
Paris.
Son corps fut transféré, on s'en souvient à Avignon
qui lui fit des funérailles solennelles.
Derrière le convoi funèbre marchait un jeune homme à
la peau mate et au cheveu noir : c'était le fils du défunt,
Jean de Baroncelli, dixième marquis.
Le romancier.
Marie Joseph Henri Jean de Baroncelli de Javon est né à
Paris le 25 mars 1914. Son physique de jeune premier de théâtre
perpétuel masque des praticiens de Florence, et s'il est l'héritier
du titre, il est également héritier des dons spirituels
de la lignée des Baroncelli.
De cette famille d'êtres sélectionnés, il se devait
d'illustrer son nom : Jean de Baroncelli est un écrivain de talent.
Son premier roman, "Vingt-six hommes" (Grasset, 1941)fut très
apprécié. On lui doit aussi "Le disgracié"
et "Né en 14" (comme lui) (Grasset, 1945). Enfin, son
dernier roman est paru récemment : "Les chevaliers de la
lune".
C'est l'histoire des Lestequelli, une vieille famille aristocratique
florentine transplantée en Provence. Cette famille ressemble
du reste beaucoup à celle des Baroncelli.
Jean de Baroncelli qui collabore à de nombreuses revues littéraires
voit un talent sûr s'épanouir fermement.
Héros de la guerre 39-45 et pêcheur de lune, Jean de Baroncelli
est un pur produit d'une famille que les Médicis combattirent
et qui réunit les noms glorieux de Béatrice Portinari,
la fiancée de Dante, de Madeleine de Strozzi et de Laure de Sade.
Jean de Baroncelli est marié, et sa femme, la dixième
marquise de Baroncelli, vous la connaissez tous : c'est Sophie Desmarets.
Il décède en 1998.
Une publication lui a été consacrée : Jean de Baroncelli
: un "amateur" de cinéma 1914-1918 par Eugene C. McCreary.
Archives n°80, avril 1999. Elle est en vente sur le site de l'Institut
Jean Vigo : http://www.inst-jeanvigo.asso.fr/sommaire.html
La jolie marquise
des temps modernes.
Sophie Desmarets est la fille de Bob Desmarets, l'ancien directeur du
vélodrome d'hiver à Paris.
Bob Desmarets ! Nom évocateur d'une certaine belle époque
: celle du Vel' d'Hiv' . C'était le temps des poursuites et des
américaines, Wambst et Lacquehay, l'équipe reine des Six
Jours, Van Kempen, Blanchonnet et Onésime Boucheron.
Grand, corpulent, le nez surmonté d'un binocle, Bob Desmarets
était très populaire dans son vélodrome de la rue
Nélaton.
Un soir des Six Jours de 1925, alors que les gradins grouillaient, que
Berretot annonçait les primes et que Jean Rodor chantait au micro
: "C'est la route infernale qui va durer six jours", Bob Desmarets,
parmi les soupeurs de la pelouse, ajustait son lorgnon et évaluait
d'un air satisfait sa belle chambrée. On vint soudain annoncer
la naissance de sa fille Jacqueline.
Jacqueline devint une grande et une jolie jeune fille au nez à
la parisienne et aux cheveux d'un beau blond vénitien.
Elle voulait être actrice et y parvint. Elle entra au conservatoire
et fut l'élève de Louis Jouvet, celui-ci lui dit un jour
: "Toi, tu es comique, tu devrait t'appeler Sophie ! ..."
Va pour Sophie. Et Sophie Desmarets débuta dans "Premier
rendez vous", un petit rôle certes, mais très remarqué.
Peu après, en 1944, elle obtenait son premier prix de conservatoire.
Sa carrière, on la connaît, puisque Sophie Desmarets est
devenue une star de France et les revues de cinéma parlent d'elle
chaque semaine : "Seul dans la nuit", "Mon Ami Sainfoin",
"Le Roi", avec Maurice Chevalier.
Au théâtre, sa carrière est également des
plus belles : "Ninotchka" et "Le soldat de la sorcière"
sont ses créations les plus remarquées.
Voilà donc Sophie marquise ! Elle n'en est pas plus fière
pour ça. Avec ses yeux rieurs et son nez en l'air, elle contemple
la belle lignée des marquises qui l'ont précédée
et porte altièrement un des plus beaux titres de France.
Elle est fort spirituelle. Une comédienne dissimulant mal un
âge canonique lui disait un jour : "Ah ! c'est vous Sophie
Desmarets, celle qui a eu son premier prix de Conservatoire sous Pétain
?" - "Oui madame, c'est mieux que de l'avoir eu sous Félix
Faure"
L'esprit étant, dit-on l'apanage des grands, par cette réplique
Sophie Desmarets est bien une marquise.
J.-M.A.
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