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Présidents de la République

A l'occasion des élections présidentielles de 2002, et en feuilletant deux ouvrages parus en 1960 :

Histoire des Présidents de la République, par Adrien Dansette aux Éditions : Le Livre Contemporain,

Les Présidents de la République dans l'histoire de la France, par Paul Lesourd aux Éditions : Inter-Nationales,

il est possible de voir, sous leur aspect purement physique, nos premiers Présidents de la République française, comme à travers un miroir tourné vers le passé...

Le 21 septembre 1792, abolition de la Royauté, le 22 la Convention décrète que les actes publics seront datés de l'an I de la République une et indivisible, mais il n'est pas question de Président pour cette première République.

Elle s'achève le 18 mai 1804 début du régime impérial, et jusqu'en 1809, les actes publics et les inscriptions officielles associent les deux formules : République Française. Napoléon Empereur.

La deuxième République est imposée le 24 février 1848 par le Gouvernement Provisoire, le 4 mai de la même année,

à l'Assemblée Constituante ou la République est acclamée 17 fois de suite.

Premier Président de la Deuxième République : Louis-Napoléon Bonaparte du 20 décembre 1848 au 2 décembre 1852.

Vers 4 heures de l'après-midi, proclamation au Palais Bourbon du premier Président de la République : le citoyen Louis-Napoléon Bonaparte qui a été élu dix jours plus tôt.

Vêtu d'un habit noir boutonné, ganté de blanc, l'insigne de représentant du peuple et la plaque de la Légion d'honneur sur la poitrine, il monte à la tribune : petit, plutôt chétif, avec un long buste et des jambes courtes qui le feront décrire : à cheval plus grand que nature et à pied plus petit que sa profession.

Il a le visage pâle, comme décoloré, dominé par un nez fort et busqué, une moustache qui lui couvre les lèvres, une barbe, des yeux gris mi-clos au regard voilé... une voix nasillarde, avec des intonations germaniques.

Premier Président de la Troisième République : Adolphe Thiers du 17 février 1871 au 24 mai 1873.

Adolphe Thiers est né à Marseille le 18 avril 1797. Par son père, il est le petit-fils d'un avocat au Parlement de Provence. En novembre 1815 il s'inscrit à la faculté de droit d'Aix.

En 1818 il est avocat, parle facilement, d'une voix perçante qu'il gardera toute sa vie. Un mètre cinquante-cinq, portant lunettes, assez replet, le teint bronzé... sa houppette blanche au sommet du front, son allure à la fois solennelle et primesautière, son infatuation, en feraient un personnage assez ridicule si sa supériorité ne s'imposait aux rieurs eux-mêmes.

Thiers fréquente les salons , où il parle sans arrêt plus qu'il n'écoute. Il parle le premier, il parle le dernier et se soucie peu des répliques. Il semble tout savoir, parle de tout et tranche sur tout. Il a l'esprit net, vif, curieux, agile...Il croit que tout est question de capacité et que la sienne est universelle: il est stratège, financier, économiste, diplomate, ingénieur, chimiste, historien, juriste, critique d'art...

Cette compétence universelle est servie par une mémoire incomparable... Le travail l'absorbe jusqu'à 11 heures. Il déjeune d'un menu invariable: potage, rôti de veau et légumes, confiture, le tout arrosé de deux verres de vin.

A l'Assemblée, il parle de sa petite voix pointue. Il parle dans les couloirs, gesticulant et multipliant anecdotes et saillies.

L 'été, Thiers va à Trouville ou à Dinard, on peut le voir sur la plage, vêtu d'alpaga, coiffé d'un panama le matin, d'un haut-de-forme l'après-midi, et suivi d'un domestique qui porte d'une main un parasol et de l'autre un parapluie; il faut être prévoyant.

Deuxième Président de la Troisième République : Maurice de Mac-Mahon du 24 mai 1873 au 30 janvier 1879.

Mac-Mahon, d'une famille d'origine Irlandaise, il est le seizième enfant sur dix sept, né le 13 juillet 1808 près de Autun. Enfant de santé frêle et délicate. Adulte il est plutôt grand, avec un visage sanguin qu'éclairent sa moustache et ses cheveux blancs.

Embarrassé de sa personne, comme timide et d'une contenance incertaine. Les éloges, qu'on lui décerne le gênent, il n'aime pas qu'on parle de lui . Non seulement il n'est pas orateur mais les conversations avec lui sont pénibles car il a la parole hésitante et commence des phrases qu'il a de la peine à terminer...

Troisième Président de la Troisième République : Jules Grévy du 30 janvier 1879 au 2 décembre 1887.

Jules Grévy d'une famille originaire du Jura, en impose à la tribune; le corps immobile et le geste rare, la tête bien droite sur des épaules carrées, les yeux précis et pénétrants, profondément enchâssés sous la saillie nette d'un front haut et large, les joues qui en poursuivent l'admirable courbe encadrées d'un étroit collier de barbe, le nez légèrement busqué et la bouche droite.

Dans les circonstances officielles, il sait prendre un air imposant et dire en de courtes phrases les paroles qu'il faut .Il est plein de dignité dans le maintien et d'à propos dans les allocutions. Il est quand il le veut , un admirable causeur plein de bon sens et de finesses, mais s'écoutant un peu parler.

Très cultivé, il connaît à fond les classiques et peut réciter une ode d'Horace ou une scène de Racine.

Quatrième Président de la Troisième République : Sadi Carnot du 3 décembre 1887 au 24 juin 1894.

Né à Limoges le 13 août 1837, élevé par des parents sévères, on dit que l'élégance de la tenue de Sadi Carnot est une politesse qu'il fait au pays... et que le pays lui en savait gré.

Son sourire aimable, désarme les rancunes, mais on le dit aussi d'un caractère timoré.

C'est un homme appliqué, il étudie les dossiers minutieusement. Une timidité qu'il n'a jamais pu vaincre entièrement, lui donne un aspect de raideur et de sécheresse dont il a conscience. Ses manières un peu compassées sont atténuées par l'urbanité exquise de son épouse.

Cinquième Président de la Troisième République : Jean Casimir-Perier du 27 juin 1894 au 16 janvier 1895.

Jean Casimir-Périer appartient à une vieille famille dauphinoise. Il est de taille moyenne, les yeux bleus, le regard clair, la moustache peu épaisse, effilée et légèrement tombante. Il a l'allure décidée, dit-on, d'un sergent-major. Sa voix est nette et bien timbrée.

Bien qu'ayant beaucoup de cœur, il a des brusqueries soudaines, et son abord n'est pas très facile. Le grand public le méconnaît, et ne retient que le menton volontaire dressé hors de son fameux faux col rabattu, et l'impérieuse saillie des sourcils.

Mais à qui l'approche, son regard est amical . Il est sujet à des accès de vibrante nervosité qui, en certaines circonstances, lui mettent malgré lui, des larmes dans les yeux. Une espèce de sensibilité féminine se mêle à ses instincts de combat.

Sixième Président de la Troisième République : Félix Faure du 17 janvier 1895 au 16 février 1899.
     

Félix Faure est né à Paris le 30 janvier 1841. Sa famille est originaire du Rhône. Il est grand et bel homme, intelligent.

Il a la réputation d'être un homme satisfait : satisfait de sa haute taille, de sa belle mine que souligne une élégance un peu apprêtée, satisfait de sa carrière et de sa réussite... La tête droite, les reins cambrés, le jarret tendu, le visage aux joues pleines un peu hautain, le regard bleu assuré, la parole cordiale encore qu'un brin distante, exprime un contentement et une supériorité tranquilles que rien ne saurait affecter.

Félix Faure est très attaché à sa vie familiale. Il a deux filles qu'il adore. Il est toujours de bonne humeur, possède une robuste santé, un estomac de fer et une mémoire extraordinaire des figures et des noms...

Septième Président de la Troisième République : Émile Loubet du 18 février 1899 au 18 février 1906.

Émile Loubet est né dans la Drôme, il fut le premier président de la République à accomplir entièrement son mandat présidentiel et à en refuser toute prolongation.

Il a les manières simples, il est bonhomme, sans familiarité; ses jugements sont empreints d'une bienveillance non affectée. Beaucoup de finesse, de pénétration, de prudence.

Extrêmement bon : de la rondeur, de l'entrain, de la bienveillance. Ni méchanceté, ni morgue. Doué d'une étonnante mémoire, grand liseur et retenant tout, Émile Loubet n'écrit pas ses discours. Il se concentre, il se tasse, pour ainsi dire, en lui-même, dans sa pensée : l'esprit est ouvert et fort avisé...

 

Les Yeux d'Émile Loubet.

Huitième Président de la Troisième République : Armand Fallières du 18 février 1906 au 18 février 1913.

Armand Fallières est né le 6 novembre 1841 à Mézin {Lot-et-Garonne) Il est modeste et volontairement dépourvu d'élégance, de haute stature et de vaste corpulence.

Il porte la barbe, un toupet argenté et ondulé, et une cravate lavallière à pois.

Il a une parole rythmée, puissante et forte. Il est plein de bonhomie souriante et affectueuse, lecteur assidu de Montaigne et de Michelet. Il ne manque ni de finesse ni de dignité...

Neuvième Président de la Troisième République : Raymond Poincaré du 18 février 1913 au 17 février 1920.

Raymond Poincaré né à Bar-le-Duc, le 20 août 1860.

Là où il est, il est premier. il sait tout, il a raison, il veut le démontrer par des raisonnements impeccables débités d'une voix sèche.

Doué d'une intelligence remarquable, d'une mémoire exceptionnelle, c'est un travailleur infatigable ne connaissant jamais de détente. Il a un don particulier pour examiner un dossier, le dépouiller.

Homme sec, nerveux, sarcastique et cachant avec soin une sensibilité réelle mais il n'est pas liant. Il a horreur du tutoiement parlementaire, semble un peu distant, voire même hautain.

 

Le regard de Raymond Poincaré

Dixième Président de la Troisième République : Paul Deschanel du 17 février au 21 septembre 1920.

Son père Marseillais eut sur lui une grande influence , il lui a transmis son intelligence, un amour du travaille et des lettres.

Ses familiers parlent de sa nervosité... de ses éclats de voix, mais tous évoquent ses talents d'orateur et d'écrivain.

Il répond lui-même à ses correspondants, de son écriture régulière, il annote lui même le courrier diplomatique,

Les yeux de : Paul Deschanel.

Onzième Président de la Troisième République : Alexandre Millerand du 23 septembre au 13 juin 1924.

Alexandre Millerand est né à Paris, d'une famille de paysans franc-comtois, le 10 février 1859.

Il est calme, et résolu; il a un esprit d'organisation et de méthode. Son existence est réglée avec une extrême précision et une prodigieuse exactitude. Myope, il porte un binocle solidement campé sur la base de son nez; il regarde toujours droit devant lui et fonce à travers la vie, comme à travers les salons du Palais Bourbon ou du Sénat.

A son entourage, il demande beaucoup et passe peu de chose, mais il obtient tout, car on sait qu'à lui-même il demande davantage et ne passe rien.

Douzième Président de la Troisième République : Gaston Doumergue du 13 juin 1924 au 13 juin 1931.

 

Gaston Doumergue, est né à Aigues-Vives en août 1863.

Tout en ayant l'improvisation facile, il préfère lire un discours ou une déclaration, surtout dans les circonstances délicates, pour ne pas se laisser emporter là où il ne veut pas aller.

On se moque parfois de son « petit bout de papier », garantie de son sang-froid et de son adresse. Ses discours d'ailleurs sont toujours brefs, incisifs, sobres et il se préoccupe plus de l'efficacité de ses paroles que d'un bel agencement de phrases.

Il garde toujours, en apparence, un calme parfait et souriant, mais cette maîtrise de soi n'est parfois obtenue qu'en soumettant ses nerfs à une rude discipline.

Treizième Président de la Troisième République : Paul Doumer du 13 juin 1931 au 6 mai 1932.

Paul Doumer est né à Aurillac le 22 mars 1857.

Malgré sa barbe blanche, il est resté d'allure assez jeune. Très droit, calme, parlant peu et bas, écoutant avec attention ses interlocuteurs, ayant horreur des conversations inutiles et des vaines démarches. Travailleur acharné - il ne dort jamais plus de cinq heures - tenace, obstiné, quand il s'est fixé un but à atteindre rien ne l'en détourne.

Sa journée commence à cinq heures du matin pour ne finir qu'à onze heures du soir ou minuit...

Quatorzième Président de la Troisième République : Albert Lebrun du 10 mai 1932 au 11 juillet 1940.

Albert Lebrun fut le dernier Président de la Troisième République.

Il est né le 29 août 1871 à Mercy-le-Haut, en Meurthe-et-Moselle, Grand et bel homme : mince, il est sec, des yeux brillants et gais, des cheveux en brosse, une moustache en crocs, lui donnent l'allure d'un officier de cavalerie

Son physique est agréable mais dépourvu d'originalité. Intelligent, sérieux, simple, exact, et conciliant.

Le Président a aussi, et surtout, la réputation d'avoir le cœur sensible et les glandes lacrymales bien pourvues. Il pleure, dit-on, comme Madelon riait, et ses larmes inspirent aux chansonniers des plaisanteries.

 

Premier Président de la Quatrième République : Vincent Auriol du 26 janvier 1947 au 23 décembre 1953

Vincent Auriol est né à Revel le 27 août 1884.

Un tempérament de négociateur, de conciliateur, et de coordinateur.

Cordial et affable de nature, il est accessible à la pitié et à la clémence.

Son optimisme et sa bonhomie lui ont acquis des amitiés personnelles dans tous les milieux.

C'est un "brave homme" d'une joviale rondeur.

Les lunettes de Vincent Auriol.

Deuxième Président de la Quatrième République : René Coty du 23 décembre 1953 au 8 janvier 1959.

René Coty est né au Havre, le 20 mars 1882.

Une parole abondante et nourrie de lectures étendues.

On loue son sourire, sa cordialité, sa simplicité, la dignité de sa vie, sa correction, ses hautes vertus morales, son sens de la bonté et de la compréhension, sa force de caractère, sa ténacité.

Dans sa retraite, il peut enfin à loisir, donner libre cours à ses goûts pour les ouvrages rares et bien reliés, pour la poésie, la peinture, la musique.

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