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Vie en Provence au temps de Mistral
Les deux journées organisées les 6 et 7 octobre dernier, par l'association Pierre et vin en partenariat avec la mairie, ont placé Saint-Geniès-des-Mourgues au grand carrefour des cultures occitane et provençale...

En réunissant symboliquement les deux coupes au centre des arènes elles ont permis à tous
de ressentir sous un soleil franc, la présence palpable de Frédéric Mistral !

Tous présents :

GENERALITAT DE CATALOGNE,

LE FELIBRIGE,

NACIOUN GARDIANO,

PALAIS DU ROURE (Ville d'Avignon ),

REGION LANGUEDOC ROUSSILLON,

PICHOTO CAMARGO...

Pour prolonger ces moments privilégiés, quelques anecdotes relevées dans l'ouvrage de Pierre Rollet :

La Vie quotidienne en Provence au temps de Mistral,

paru aux éditions Hachette Littérature en 1972.

Mègerie:

association entre le paysan et le maître pour l'élevage, chacun apporte sa part de troupeau

Les rapports humains


Le climat patriarcal que Mistral a décrit dans ses Mémoires… est parfaitement véridique. La famille
  s'étend bien au-delà de la parenté, elle englobe tous ceux qui participent à la vie économique de la cellule.
Dans les exploitations moyennes, cette vie de famille a des allures communautaires; c´est à la même table que viennent s´asseoir, une fois les travaux terminés, le maître, ses enfants et ses serviteurs.

Là où le petit propriétaire, le ménagié
, exploitait directement son bien, les liens humains conservaient toute leur force, mais il en allait autrement dans les grandes exploitations affermées, livrées à la toute-puissance des régisseurs...

Alors que le fermage est de règle dans le Nord de la France, ici le métayage
ou bail à mègerie est d´un usage général.

Couble :

attelage

de 4 chevaux

ou 6 mulets

La terre

On ne compte ni par hectares, ni par ares, ni par arpents... mais par araire, par couble, par sciuco, par le nombre de charrues qu' il faut mener pour labourer une terre, le nombre de couples d'animaux, chevaux ou bœufs nécessaires à tirer ces mêmes charrues, l'importance des groupes de moissonneurs et de lieuses capables de moissonner de front un billon de blé...

C'est avec le coup d'œil d'un paysan entendu que Mistral fait répondre à Maître Ambroise découvrant le mas di Falabrego :

- Combien fait-on de charrues, -- au Mas des Micocoules, père?
- Six, répondit le vannier -- Ah! c'est là un domaine des plus forts de la - Crau! ...

 

 

Gavots :

habitants des

départements

alpins

 

 

 

 

 

Le travail


Les Gavots des Hautes et Basses Alpes... se louaient par souco, unité de travail qui se composait  de deux moissonneurs et d'une lieuse...
Tout ce monde coloré et bruyant... fit si grande impression sur le jeune Mistral, que son premier grand poème, écrit à dix-huit ans, Li Meissoun, est un tableau fidèle et très réaliste de l'existence d'un groupe de Gavots qu'il avait sans doute accompagnés dans leurs déplacements en terre d'Arles.


Les repas


A ces rudes travailleurs, il fallait de solides repas et, sous la grosse chaleur d'été, force barils de vin chargés sur les mulets.
Cinq repas d'inégale importance coupaient une longue journée de labeur qui, commencée à l'aube, ne s'achevait qu'au coucher du soleil.

... vers sept heures, le déjeuner, avec un anchois rougeâtre qu'on écrasait sur le pain, pain qu'on trempait dans le vinaigre et l'huile, le tout accompagné d'oignon, violemment piquant aux lèvres...
Vers dix heures, le "grand boire ", consistant en un oeuf dur et un morceau de fromage.
A une heure, le dîner, soupe et légumes cuits à l'eau.
Vers quatre heures, le goûter, une grosse salade avec croûton frotté d'ail.
Le soir, le souper, chair de porc ou de brebis, ou bien omelette d'oignon appelée
"moissonienne"

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Les Outils

 

Des variétés de bêches, le luchet plein ou échancré, la bêche de jardin au bois recouvert de deux plaques de fer; de pittoresques Iechet pour arracher la garance, des faucilles à dents pour les moissons, des poudadouiro aux lignes harmonieuses, sortes de serpe avec une lame large et recourbée et un talon tranchant: des taio-raco pour le marc de raisin...



Les engrais


... les engrais végétaux et animaux formaient la base des cultures : les chaumes, les pailles, les fanes de légume, le fumier provenant des animaux domestiques ou des hommes.

On les employait selon la nature du sol, frais, secs ou fermentés, cette dernière catégorie étant la plus abondante. Ces produits de toute espèce, depuis les algues en passant par le buis et le thym étaient répandus sur les pavés des rues et régulièrement arrosés. Le piétinement des passants l'échauffement des herbes, amorçaient le processus de fermentation, le résidu végétal était alors réuni en tas ou suyos qu'on venait ramasser lorsque la décomposition était assez avancée.

Malgré les règlements de police, cet usage insalubre persista aussi longtemps que les engrais végétaux furent indispensables aux agriculteurs. Comme la Provence ne possédait que peu de bêtes à cornes, le seul fumier animal provenait des chevaux, des porcs, des brebis et des moutons. Le ramassage du crottin de cheval était même, dans les villages, une occupation coutumière des enfants pauvres.

Le tout-à-l'égout n'a été installé que tardivement... et à la fin du siècle dernier, on avait encore coutume à Marseille de jeter par les fenêtres ou d'accumuler sur les toitures les déchets humains qu'on récupérait alors pour faire du fumier.

 

 

 

 

 

 

 

 

 



Les cultures


... Dans les années 1870-1885, le phylloxera ayant atteint la majeure partie des vignes, le blé
revint en faveur et certains arrondissements comme celui d'Aix intensifièrent la culture des céréales...

La variété des ceps était nombreuse ceux de Cassis et de Roquevaire donnaient des muscats rouges et blancs dont on exportait une partie.
Beaucoup fournissaient des raisins de table ou servaient à la fabrication des raisins secs, une des productions originales des départements provençaux.

En 1892, les Bouches-du-Rhône venaient en tête pour la production des pêches
et des abricots... De son côté le Var s'était spécialisé dans la culture des cerisiers, et, en ce domaine, arrivait au premier rang.


Les nouvelles cultures


La crise viticole de 1868, puis la maladie des vers à soie et l'abandon de la culture de la garance après 1870, ont favorisé indirectement la culture des primeurs qui représentait à l'époque, une valeur sûre.
... Cela introduit dans le paysage provençal un élément nouveau et original : la haie de cyprès ou de roseaux qui forme rempart contre le souffle meurtrier du mistral.
Cantonné d'abord en Vaucluse et entre la Durance et les Alpilles, ce système de protection s'est étendu à l'ensemble de la région rhodanienne.
Les nouvelles cultures n'ont pas seulement modifié le paysage provençal, elles ont aussi favorisé le morcellement à l'extrême des terres.
... des cultures secondaires, mais typiques... ont persisté jusqu'à la Grande Guerre, comme
les chardons cardères, d'autres ont disparu plus tôt, tels le tabac, la garance, le chanvre.

Les chardons cardères, seule plante industrielle en Provence qui ait traversé le 19° siècle,  étaient employés pour carder les tissus de laine.
Le canton de Saint-Rémy, était le centre du traitement des chardons. Le déclin s'amorce au milieu du siècle.

... d'autres cultures, comme la garance, ont joué un rôle de premier plan dans l'économie provençale.
La fortune de la garance reposait sur son utilisation dans la teinture, les progrès de l'industrie chimique et la fabrication de l'alizarine (1869) lui portent un coup fatal.

À-côté du
riz... la culture de la betterave qui, introduite après 1830, et soutenue par les raffineries de sucre, fit quelques progrès, sans parvenir à occuper plus de 60

 

 


Les platanes


Assez paradoxalement, villes et villages, grandes routes aussi, ont perdu rapidement le visage qui était le leur en 1830 pour des raisons étrangères à l'économie et à l'agriculture. L'implantation du platane en Provence s'apparente en effet à une sorte de révolution esthétique.
Au début du siècle dernier, ormeaux, tilleuls, marronniers et micocouliers se partageaient les espaces verts, avec une nette préférence pour l'ormeau.
Le platane avait attiré l'attention des services publics parce qu'il produisait en peu de temps une abondante frondaison et qu'il semblait moins sensible que les ormeaux à l'attaque des insectes.


Apiculture et sériciculture


...Surtout dans le Var, les Basses-Alpes et le Vaucluse, l'élevage des abeilles
s'inspirait encore au milieu du siècle dernier des méthodes les plus rustiques  : un simple tronc d'arbre creusé servait de ruche très souvent. Cette exploitation archaïque ne permettait pas à l'apiculture d'avoir une importance économique réelle.
Le miel était considéré à la campagne comme une nourriture d'appoint et seule la cire était commercialisée dans une faible mesure.
Tout autre a été le destin de la sériciculture qui a fait la fortune des agriculteurs provençaux... en tête de la production  le Vaucluse, le Gard, l'Ardèche... Ces brillantes perspectives furent arrêtées par la pébrine, maladie du vers à soie qui apparue en 1853.

 

 

 

Javelle : fagot

 

 

 

 

 

 

 

 

Blutoir : meuble composé, pour empêcher la farine de se disperser

 

 

 

 

Gerlot : mesure de capacité( 14 à 18 litres )

L'habitation

... le mas ne se rencontre que dans les régions de grande ou de moyenne propriété et témoigne toujours d´une certaine aisance, la bastide correspond aux zones de petite exploitation et de relative pauvreté des cultures.

La maison en hauteur caractérise tout le pays gavot, on la rencontre au village comme à la campagne, avec son étable au rez-de-chaussée son logement au premier et le grand grenier qui sert de séchoir pour les
javelles, les légumes, le pain et les fruits. Dans les régions les plus froides... hommes et bêtes cohabitent pendant l´hiver; le rez-de-chaussée faisant office de salle commune et d´étable.

La maison provençale est essentiellement organisée dans le but de la défense, défense contre le vent, contre les gelées, contre le soleil, c´est pourquoi les ouvertures exposées au midi ne sont ni larges ni hautes.
Les bergeries, les greniers à foin ne voient le jour que par d´étroites meurtrières.I



L'ameublement


L´ameublement des maisons rurales provençales était essentiellement fonctionnel : le pétrin, la panetière, le blutoir autour desquels s´ordonne le reste du mobilier dans la salle commune...


L´eau, l´huile, les grains sont conservés dans des gerlo de toutes dimensions qu´on enterre parfois et qui sont les héritières directes des antiques dolia de l´époque gallo-romaine.

L´art du potier fournit l´essentiel de cet outillage culinaire, cuivres et étains n´étant pas d´un usage courant.

Dans les chambres un mobilier très simple, le grand lit à quatre montants - pecouliero - garni d´une paillasse sommaire ( semblable à celle que Mistral utilisa jusqu´à sa mort ), une armoire à linge... et un berceau...

 

 

 

 

 

 

 

 

L'éclairage

Au centre de la pièce brûle un calèu, la plus humble des lampes à huile... petit récipient métallique ovale, avec une gouttière pour la mèche...
Dès le milieu du  siècle dernier ... le calèu cède la place à la lampe à pompe en étain, toujours alimentée par l'huile...

Quelques rares villages commencent à  connaître l'électricité à partir de 1890... l'électrification rurale ne sera pas terminée à la veille de 1940 !


Matériel agricole


... L'introduction des batteuses et des moissonneuses mécaniques constitue le point de départ d'une ère nouvelle pour le monde rural.
On est passé sans transition ou presque de l'usage du rouleau à celui de la batteuse mécanique.
Les premiers essais datent des environs de 1850, mais se heurtent à une vive résistance, (en 1862 on ne compte encore que deux batteuses à vapeur dans les Bouches-du Rhône).

Faucheuses et moissonneuses prirent peu à peu, à partir de 1860, la place de la faucille,  daio, instrument traditionnel, puis de la faux, vouIame, qui permettait de moissonner plus rapidement, mais occasionnait une perte de grains nettement supérieure.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 



Les costumes


En Arles... Les fillettes prennent la coiffe vers treize ou quatorze ans, une fois qu'elles ont
le minois fait et qu'elles se voient le bout du nez ... Ce jour- là, dans la maison c'est presque une fête.


Sur le reste du vêtement, casaque et cotillon, il n'y a pas grand-chose à dire, seulement la casaque ou ése doit toujours être noire, et, autant que, possible, le cotillon de couleur voyante.
Le
tablier fait aussi partie du costume, mais seulement les jours ouvrables et les simples dimanches.
Enfin, l'hiver, une Arlésienne, de celles qui sont cossues, doit se draper dans la
mantille à capote bordée avec une dentelle noire et à crochets d'or.
Le costume arlésien est porté dans 60 villes ou villages du voisinage d'Arles : Tarascon, Saint-Rémy, Châteaurenard, Orgon, Eyguières, Salon, Lambesc, Saint-Chamas, Istres, les Saintes-Maries, Beaucaire et Aramon.


La naissance


Le baptême avait lieu dans les trois jours suivant la naissance et donnait lieu à de nombreuses réjouissances.
On choisissait le parrain et la marraine avec le plus grand soin... mais l'usage général voulait que le grand-père paternel servît de parrain, et la grand-mère maternelle de marraine.
Au parrain revenait l'obligation entre autres de jeter des sous ou des dragées sur le parvis de l'église aux enfants attroupés pour voir sortir le cortège. S'il ne se montrait pas assez généreux, la troupe des gamins l'invectivait en usant d'un vocabulaire immuable.
L'enfant portait généralement le prénom de son parrain ou de sa marraine...

Les relevailles avaient lieu quarante jours après l'accouchement et la jeune mère se rendait à l'église pour accomplir le rite de la purification, mais cet usage n'était pas constant.
Quant à l'enfant, il ne faisait véritablement son entrée dans la vie sociale que le jour où on lui donnait les pieds
, c'est-à-dire le jour où on le chaussait pour la première fois et où on le conduisait à l'église pour faire ses premiers pas sur l'autel du saint qu'on fêtait ce jour-là...
C'était aussi une occasion de faire admirer son bébé habillé de nouveaux vêtements traditionnels...
Plus tard, vers dix-sept ans, le jeune homme s'intégrera dans la vie communautaire en entrant dans quelque compagnie comme il en existait encore au milieu du siècle dernier. Ces compagnies très anciennes en Provence, rassemblaient la jeunesse des villes et des villages sous la direction d'un chef annuel, dénommé Abbé ou Prince d'Amour ou Capitaine de la Jeunesse.
Ce chef organisait les jeux, les divertissements, mais s'occupait également des devoirs pieux ou charitables qui incombaient à la compagnie.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


Le mariage


... chaque pays avait son costume propre. Le blanc n'était pas d'un usage général: les Arlésiennes par exemple, se mariaient en noir, et, dans certains cantons des Basses-Alpes, l'épouse portait une robe de soie de couleur, parfois même une robe sombre.
Comme de nos jours les invités se partageaient le voile de la mariée; parfois, on s'emparait de sa jarretière pour la mettre aux enchères.

La nuit de noces donnait lieu à des pratiques d'un goût souvent douteux : sonnailles attachées sous le lit, irruption dans la chambre nuptiale de jeunes gens qui obligent le marié à boire ou à manger dans un vase de nuit.


Pour les secondes noces, la coutume du charivari était générale en Provence et s'est maintenue jusqu'à nos jours.
La forme en est simple, stéréotypée les jeunes gens du pays, munis d'instruments divers, de préférence métalliques, s'assemblent le soir sous la fenêtre du veuf ou de la veuve qui va se remarier et entament un concert ou plutôt un vacarme qui dure une demi-heure ou une partie de la nuit selon les réactions de l'intéressé. Son objet ne varie pas, obtenir du futur époux ou de la future épouse, une sorte de rachat symbolique sous la forme d'une collation souvent accompagnée de quelques louis.


Les enterrements


A la campagne, quand les participants aux funérailles venaient de loin, il n'était pas rare de voir des repas réunissant une centaine de personnes.
Le
deuil se portait très longtemps, souvent dix- huit mois pour un père, une mère, un mari ou une épouse il était assorti de quelques interdits dans les premiers temps la famille en deuil ne sortait pratiquement pas de chez elle pendant une semaine et n'assistait à aucune cérémonie pendant cinq ou six mois.

Mistral a retracé dans un récit plein d'émotion le cérémonial qui suivit la mort de son père :

" Et il rendit son âme à Dieu. Ah quel moment I On releva sur sa tête le drap. Près du lit, ce grand lit où, dans l'alcôve blanche, j'étais né en pleine lumière, on alluma un cierge pâle. On ferma à demi les volets de la chambre. On manda aux laboureurs de dételer tout de suite. La servante, à la cuisine, renversa sur la gueule les chaudrons de l'étagère... Et moi, pendant que les glas sonnaient, j'allais verser mes larmes, tout seul, au milieu des champs...

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