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Grands peintres modernes

Ou le plaisir de partager le voyage de page en page.

Chaque mois, un livre pris au hasard sur un rayon de la bibliothèque...

En ce dernier mois de l'an 2000 : La vie des grands peintres modernes,

sous la direction de Pierre Waleffe, aux éditions Sud-Albin-Michel paru en 1964.

Signature du peintre MatisseSignature du peintre RenoirSignature du peintre VlaminckSignature du peintre Marquet
Sélection de quelques Anecdotes

Matisse

et le violon

Page 26 :

Comme Ingres, comme Delacroix, Matisse jouait du violon. Il se perfectionna en prenant des leçons avec Parent. En lui envoyant, en guise d'honoraires, un beau dessin, il dédicaça celui-ci comme suit : « Pour toutes mes fausses notes. » On ne saurait être moins prétentieux. Comme violoniste, Matisse se perfectionna avec d'autant plus d'acharnement qu'il se croyait menacé par la cécité. « C'est un fait, dit-il à sa femme, que je crains de perdre la vue et de ne plus pouvoir peindre. Alors j'ai songé à une chose : Aveugle, on doit renoncer à la peinture, mais pas à la musique... Je pourrais toujours aller dans les cours et jouer du violon. Ainsi il me serait possible de nous faire vivre, toi, Margot et moi.

 

Henri MATISSE

Peintre Français

1869-1954

Matisse

et la grippe

de Carco

Page 31 :

Matisse fit, à Nice la connaissance de Francis Carco... dont il soigna la grippe un jour... . « Nous occupions des chambres voisines. Certain matin, Matisse était entré chez moi : Eh bien ! m'avait-il questionné d'une voix feutrée en s'approchant du lit. Qu'est-ce qui ne marche pas ? Malade ? J'avais la grippe. Matisse me tâta le pouls et je compris à son air grave pourquoi... ses camarades d'équipe l'avaient surnommé « le docteur » C'est embêtant, fit-il. J'ai commencé hier une toile à Cimiez et la voiture m'attend. Mais cela ne fait rien. Minute ! Il sortit de la chambre et revint avec plusieurs de ses tableaux, un marteau et des clous. En un instant, les clous furent plantés dans le mur, les tableaux accrochés. Matisse ramena les pans de sa cape sur ses épaules. Allons ! dit-il, à ce soir. Je passerai prendre de vos nouvelles. Restez couché : pas d'imprudence ! Ma peinture vous tiendra compagnie. Le plus curieux, c'est que, depuis lors, Mme Albert Marquet nous a conté qu'Henri Matisse avait fait de même pour son mari malade.

 

Francis CARCO

écrivain français

1886-1958

Marquet et Matisse

Page 38 :

Dans l'ouvrage qu'elle a consacré à son mari, Mme Marquet nous livre d'intéressantes remarques sur les hommes qu'il fréquenta. Voici un trait touchant Matisse, d'une amère justesse : « Au-dessous de chez nous, 19, quai Saint-Michel, à Paris habitait Matisse. Quand nous rentrions de voyage, les bagages à peine défaits, Albert donnait des coups de canne sur le parquet et bientôt nous entendions sonner le vieil ami, curieux de voir ce que nous rapportions. Il choisissait quelque chose et c'était l'amorce d'un nouvel échange. Hélas ! Plus tard, Matisse - s'il revenait nous voir, comme pris de remords - ne s'intéressait plus à ce que faisait Albert et, sur nos murs, il ne regardait que ses propres toiles. Il s'en excusait au début : Je suis trop dans ce que je fais. Je ne peux pas en sortir, pour moi rien d'autre n'existe.

Et pas un mot pour le Renoir que nous venions d'acheter et dont nous n'étions pas peu fiers. »

 

Albert MARQUET

peintre français

1875-1947

Vlaminck

et la bicyclette

Page 57 :

En 1892, Vlaminck quitta le nid familial pour essayer de voler de ses propres ailes... Il s'installa à Chatou, sur les bords de la Seine. A cette époque, la bicyclette régnait... Bâti en hercule, nanti de mollets d'acier, le jeune homme parcourait, en guise de promenade, jusqu'à deux cents kilomètres par jour. Ces balades pouvaient s'appeler de l'entraînement. Et en effet, elles conduisirent Vlaminck à une situation « assise » : il devint coureur cycliste et participa au Paris-Roubaix et au Paris-Bordeaux.

 

Maurice VLAMINCK

peintre français

1876-1953

Van Dongen

et le portrait

d'Anatole

France

Page 97 :

Anatole France accepta de poser pour Van Dongen... Jusque-là il n'avait guère peint que des filles publiques, des bohèmes et des saltimbanques. Une ère nouvelle commençait... Au sujet de ce portrait Van Dongen a confié à Paul Guth :" Tout à coup on voit de moi le portrait d'Anatole France, le vieux dieu de la littérature. Trois ans avant sa mort... Il avait déjà eu une attaque. Il commençait une histoire, puis il s'endormait. Je l'ai peint comme je l'ai vu, déjà détaché... Un peu parti... Les gentils petits camarades du Salon avaient mis ce portrait à côté d'un couloir noir du Grand-Palais... Pourtant tout le monde l'a vu. Ça a fait un bruit ! et plus on m'eng... plus ça m'excitait, plus ça me donnait envie de faire pire.

 

Van DONGEN

peintre français

1877-1968

Soutine

et son couteau

de cuisine

Page 155 :

Soutine n'était pas plus satisfait de ses oeuvres que de lui-même. Il lui arrivait parfois d'étaler devant lui ses toiles comme pour une exposition. Il s'asseyait alors sur un canapé et examinait longuement les tableaux l'un après l'autre. Soudain il se levait, son regard devenait féroce, un regard d'assassin ; il courait chercher le couteau de cuisine et l'enfonçait dans chaque toile comme s'il avait voulu frapper un homme en plein coeur. Il regardait ses tableaux perdre leur sang et retrouvait son calme...

Il s'es trouvé des gens pour s'introduire clandestinement chez Soutine et vider sa poubelle. Soutine découvrit un jour neuf de ses tableaux "ressuscités", qu'on avait retirés des ordures, rapiécés magistralement et repassés avec soin... On prétend qu'il ne les trouva " pas si mauvais " et qu'il cligna de l'oeil d'un air rusé.

 

Chaïm SOUTINE

peintre français

1894-1943

Modigliani

et son masque

 

Page 178 :

On transporta Modigliani à l'Hôpital de la Charité, il y rendit l'âme le 24 janvier 1920.

Kisling et un de ses amis essayèrent de prendre le masque mortuaire de Modigliani, écrit Lipchitz, mais ils ne réussirent pas et vinrent me demander mon aide ; ils m'apportèrent des fragments de plâtre où adhéraient des cheveux et des lambeaux de peau. Je réunis ces débris et, remplaçant de mon mieux les morceaux qui manquaient, je fis douze moulages qui furent distribués aux amis de Modigliani et aux membres de sa famille.

 

Amadeo MODIGLIANI

peintre italien

1884-1920

Chirico

et sa

prémonition

Page 309 :

Étrange prémonition ou hasard peut-être encore plus curieux, en 1914, Chirico fit un portrait d'Apollinaire, avec de grosses lunettes noires et un trou dans le crâne. Deux ans plus tard, blessé par un éclat d'obus, le soldat poète Apollinaire était trépané et sa vue baissait...

 

Giorgio de CHIRICO

peintre italien

né en 1888

Tanguy

mangeur

d'araignées

Page 311 :

Yves Tanguy adhéra tout naturellement au surréalisme auquel il devait toujours rester fidèle. Dans le groupe, il devait retrouver un poète qui jadis, l'avait gardé à vue. En effet lorsque Tanguy faisait son service militaire en Avignon, il avait eu le malheur de déplaire à ses officiers en raison de son insistance à croquer des araignées. L'un de ceux-ci lui avait flanqué un surveillant qui se nommait Jacques Prévert.

 

Yves TANGUY

peintre américain

1900-1955

Miro

ou la

correction

catalane

Page 316 :

A ses débuts... Miro peint lentement, avec application, des natures mortes et des nus. Sans les faibles secours que lui envoie sa famille, il serait mort de faim :

" C'était une époque très dure, a-t-il écrit. Les vitres étaient cassées. Mon poêle qui m'avait coûté quarante cinq francs au marché aux puces ne marchait pas. Cependant, l'atelier était très propre. Je faisais moi-même le ménage. Comme j'étais très pauvre, je ne pouvais m'offrir qu'un déjeuner par semaine. "

Cette méticulosité de Miro contraste avec la bohème débraillée de ses amis . Chez Miro les murs étaient impeccablement blancs, les toiles soigneusement rangées, le plancher aussi propre que celui d'un salon. Après son travail Miro se lavait de la tête aux pieds et passait une tenue stricte et affectée qui associait l'élégance britannique à la correction catalane.

 

Juan MIRO

peintre espagnol

né en 1893

Klee

et la langue

aux chats

Page 399 :

Klee ne voulait pas entendre parler de chiens, il disait :" On n'est plus que le chien de son chien." Mais il aimait les chats. L'un de ceux-ci aimait s'asseoir sur les pastels frais du peintre et jamais Klee ne le chassait. Il parlait aux chats dans une langue inintelligible et composa même un poème en " langue chatte ".

 

Paul KLEE

peintre allemand

1879-1940

Delaunay

et ses pieds

cocagnes

Page 416 :

Delaunay, disait Joseph Delteil, je ne l'imagine pas sans sa grande poitrine, ses pieds cocagnes, sa verte tête. Lui, ce n'est pas du bout des doigts qu'il peignait, ni de l'appendice, ni par procuration, mais d'estoc et de taille, à toute peau... ce Delaunay, pur comme la couleur, bon comme le pain, abstrait comme le soleil, m'apparut comme un véritable frère.

 

Robert DELAUNAY

peintre français

1885-1941

NB : arrivant au terme de cette page je demande au correcteur orthographique de bien vouloir avoir la gentillesse de vérifier ce texte du début à la fin... dans un premier temps il accepte avec une grande courtoisie, s'exécute très rapidement mais s'obstine à vouloir remplacer ... Carco par cargo, Delaunay par délayant, Dongen par donjon, Guth par luth, Ingres par pingre, Klee par clé, Miro par micro, Prévert par privait, Renoir par revoir, Soutine par soutane...

Faut-il vraiment suivre toujours... les conseils avertis ?

Rendez-vous le mois prochain pour un autre voyage...
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