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Saint Geniès au fil du temps
Saint Geniès au fil du temps

Source : Bulletin d'Information Municipale janvier 1997.

Présentation de la commune.
Entre Lez et Vidourle, la voie domitienne souligne le contact entre la plaine lunelloise au sud et, au nord l'ultime avancée calcaire du piémont cévenol, domaine de garrigue. Sur son tracé s'appuie la limite méridionale de la commune de Saint-Geniès. Là le paysage hésite entre ces deux influences qui présentent alternativement de vastes espaces apparentés à la plaine par leur mode d'exploitation et un chapelet de puègs que se disputent une multitude de petites parcelles nées de défrichements.

I - Antiquité.
Les conditions géologiques, les apports de terre incessants sur les friches, la faible densité des groupements ruraux dans l'Antiquité, les siècles qui passent ne permettent pas de prouver une constance d'habitat et de population entre l'Antiquité et le Moyen-Age.
1l faut attendre les IV et Vèmes siècles pour que naissent 3 nouveaux habitats gallo-romains: les Condamines, le Mas de Renard, les Mas de Missargues

II - Le Moyen-Age.
1 - L'Abbaye de Saint-Geniès (voir B.M. n° 12).
Une série de textes relatifs à Saint-qeniès apporte des indications précieuses sur l'occupation médiévale de la commune actuelle. Le premier; daté de 1019, relate la fondation d'une abbaye dédiée à St-Geniès : Le monastère est situé in comitatu Substantionense (Castelnau le Lez). Il s'agit d'une circonscription naissante dont on peut dater la création assez précisément de la fin du Xe siècle et du début du XIème s .

Le lieu choisi pour la construction de l'édifice est déjà occupé par une église, St-Geniès associé à une "villa".

Marcanicus est le nom de la "villa" (voir BM n° 8).

Les abords de la petite colline sur laquelle s'élève l'église monastique située au coeur du village actuel n'a pas apporté d'informations décisives sur l'origine de la "villa". Aucun indice
datable de l'antiquité tardive et du protomoyen - âge n'a été observé, seuls de rares tessons du X et XIe s. ont été prélevés dans le nord ést de la périphérie de l'agglomération. En revanche, la présence de céramiques du Haut Empire est bien attestée sur les pentes sud du puèg.

2 - Etapes de la formation du village.
L'analyse de la morphologie du plan du village reproduit sur les matrices des cadastres napoléoniens permet d'isoler le noyau médiéval primitif.

Le secteur A balisé par plusieurs pattes d'oie est de toute évidence plus ancien. S'il existait des structures antérieures à ce noyau leurs traces
ont totalement disparu, à moins que ce quartier ne les ait intégrées ce qui n'est pas impensable. C'est là que se trouvait le monastère.


secteur A

La deuxième étape de la formation du village est représentée par la construction d'une structure rectangulaire (B) qui vient sectionner les
chemins de dessertes n° 1 et 2.

La topographie du village milite plus en faveur de l'hypothèse d'un rempart que de celle du creusement d'un fossé: les rues qui pérennisent cette structure surplombent en effet un dénivelé de plusieurs mètres. Le découpage
des parcelles du secteur C est postérieur à la construction de la structure B qui lui sert de point d'appui.


structure rectangulaire (B)
   

Il faut attendre 1236 pour qu'un texte fasse allusion aux protections de St-qeniès et à des quartier suburbains apposés à la "villa".

En 1200, la colline était habitée puisque Raymond IV de Toulouse ne prend plus sous sa sauvegarde les habitants dépendants du monastère de Saint Geniès.

On peut émettre, à condition que la structure B représente bien un ancien dispositif de défense, que ces hommes résidaient en C c'est-à-dire dans l'espace laissé libre entre elle et le monastère.

Probablement, on peut distinguer; le monastère A , la "villa" quelque part en C, le "suburbia" à l ',extérieur de B.

A Saint-Geniès, en 1236, au plus tard, sont réunis trois poncifs de la quotidienneté médiévale : un lieu de culte, un système de défense et une main d' oeuvre laborieuse.


hommes résidaient en C

3 - Le territoire.
L'abbaye tirait ses ressources d'un territoire.

En 1236 l'abbesse Erméniarde fait reconnaissance du monastère à l'évêque de Maguelone.
A cette date des termes spécifiques distinguent l'habitat du territoire.

Sont définis à cette occasion les confronts du territoire de l'abbaye, L'abbesse précise qu'elle les connaît à la fois par des ins,truments et
de mémoire d'homme et que tels quels elle les a reçu de ses prédécesseurs.

Certains confronts peuvent être cartographiés sans grande marge d'erreur.

- Un carrefour à trois voies situé dans un vieux bois où se croisent les chemins de St-Brès , du mas de Roux (de Ro) et de St-Geniès (Sanctum
Genesium). Au lieu-dit le bois viel s'entrelacent de nombreux chemins fossiles susceptibles de desservir les trois directions citées.

- Le caminum monete désigne couramment la voie domitienne.

- Les deux chemins de Montpellier à Sommières. Le premier transite au-dessus de la chênaie.

- Le fluvium Besantici a transmis son nom à la rivière du Bérange.

- La via de Capreriis qui concrétise la limite est du territoire relie le premier chemin deMontpellier à Sommières au lieu-dit "St-Paul" anciennement St-Paul de Cabrières où une agglomération médiévale a été localisée.

- La via de Monteliis qui du premier chemin de Montpellier à Sommières part en direction de Montels et au-delà vers Ametum ; les tracés
n° V et n° IV se prolongent vers le lieudit "font de Montels" et vers "le cros des Anèdes".

A l'ouest, des confronts ne sont pas repérables.

L'ensemble désigne un domaine relativement étendu.

A l'instar des abbayes bénédictines St-Geniès contrôle un réseau de voies de communication riche de possibilités. On remarque que le territoire comprend des terres arables, des points d'eau, une zone propre à l'exploitation du calcaire, enfin un moulin est évoqué. (voir BM n° 9).

Sancti Genesii n'était pas la seule "villa". Il y avait la "villa" de Marcianicis et la "villa" de Brugueriis, ces deux dernières étant associées
aux paroisses de Ste Colombe et de St Michel.

Le territoire du monastère de St-Geniès s'étendait sur une partie des communes de Restinclières, St-Christol, Lunel-Viel, Castries. La voie Domitienne, une partie du premier chemin de Montpellier à Sommières et le Bérange correspondent à des limites administratives
contemporaines.
(Source: Martine ASSENAT. "Prospection et Archéologie")

Bulletin d'Information Municipal décembre 1988.
A la veille de la Révolution

La Seigneurie, la paroisse et le couvent appartenaient au marquis de CASTRIES qui les avait achetés à l'abbesse de GI]EAN, contre le consentement de la Communauté religieuse et ce en exposant au Roi que St GENIES était un désert et que les religieuses ne pouvaient se
suffire matériellement ( en réalité, elles n'étaient plus que deux et avaient quelques rentes.)

On dénombrait alors sur la paroisse: 64 maisons, l église, 2 moulins à huile et des bâtisses pour abriter les animaux, l'enceinte des remparts comprenait 32 maisons, l'église, un four et une écurie. A l'est des remparts, on comptait 22 maisons, l moulin à huile et 3 bâtisses. Le bas du village, à l'ouest, n'avait que 10 maisons, l moulin à huile et 3 bâtisses.

Ces maisons se composaient d'un rez de chaussée et d'un étage. La maison Estève (en l'état sur la place de l'Abbaye) faisait exception avec un second étage surmonté d'une tour carrée. Une cour clôturée attenante à l'habitation recevait le fumier et les immondices, c'était aussi
le poulailler. Le rez de chaussée servait d'écurie, parfois de bergerie, de cellier avec sa petite cuve en pierre. Reposant sur une solide voûte, le 1er étage se composait d'une grande cuisine, seule pièce chauffée par une cheminée, d'une ou deux chambres et d'un grenier à foin, car le propriétaire devait nourrir un âne ou une paire de boeufs (il n 'y avait des mulets qu'au Château).

Exception faite de quelques bâtiments en pierres appareillées, des pierres d'angle arrêtaient le "rassier" qui constituait la maçonnerie des murs. Les charpentes provenaient de pièces de bois prises sur les bords des terres. Irrégulières, mal dégrossies, elles supportaient un lit de roseaux liés, une légère couche de mortier et des tuiles (les plafonds n'étaient pas connus). Les portes étaient étroites et arrondies, les fenêtres petites et rectangulaires.

Parfois, signe de religiosité, par le croisement de deux longues pierres minces la fenêtre dessinait quatre rectangles fermés par des verrous.

400 habitants vivaient à St GENIES. Parmi eux, un curé fixe assisté d'un vicaire pour les fêtes, un procureur, un greffier, un viguier (régisseur), un cordonnier, un tisserand, un maréchal, un chirurgien (docteur), un maçon, un fabricant de laine. A part le marquis, point de gentilshommes, pas de privilèges. Une éducation destinée aux élèves des familles aisées de la contrée était dispensée dans le vieux monastère. Parfois, ces adolescents quittaient ces lieux austères pour s'en aller batifoler avec les jeunes du village. Presque tous les habitants travaillaient la terre ou gardaient les troupeaux.

Au abords immédiats du village, étaient des pérans (champs clos) des aires (la Coste), des potagers entourés de figuiers avec toujours un laurier pour les Rameaux (Baladas, Pontif, Puits neuf, Riviérette, Fontaine de Missargues, Ort (jardin) de Gleize, de Baou).

Les pérans ont laissé place aux constructions, l'aire au chemin de Fontmagne à Lunel. La campagne était très boisée. Dans les terres et les vignes poussaient oliviers, mûriers, cerisiers, amandiers, noyers, sorbiers. Les champs étaient limités par des chênes, des ormes, des micocouliers, des kermès. Les hautes futaies jalonnaient les rivières et les fossés. Ainsi de Cournet à la Roque sur les bords de la Vire donne se dressaient des peupliers, des saules qui entouraient les prairies.

La campagne était sillonnée de raccourcis que nos aïeux se frayaient à travers champs et vignes au grand dam du seigneur qui, malgré son garde-chasse, garde fruits, ne pouvait discipliner les SaintGéniérois. Il fallut attendre 1793, avec la vente des biens nationaux, lorsqu'on dressa le plan cadastral, pour que ESTEVE, devenu propriétaire du domaine du Château, permit de bâtonner ces raccourcis.

En empruntant ces traverses, nos aïeux parcouraient: Fournigue, Pied Redon, les Clos aux hautes futaies, la Roumanière, le Puits du Pin au sol caillouteux, le Mas de Lauriol, de Renard, la Carriérrasse, Missargues qui donnait le meilleur vin, le Roc St Blaise. ]uillargues, les Truques, les Roussettes... bref tous les tènements dont les noms chantent encore à nos oreilles et qu'ils prononçaient en occitan, langue parlée par les St Géniérois.
Les terres étaient mal cultivées. On laissait de larges bandes pour faire paître les boeufs.

Les vignes d'une superficie réduite étouffaient sous le chiendent et les ronces qui poussaient au pied des ceps. Issus d'une infinité de variétés, ces ceps produisaient 160 muids. Il faudra attendre la chute du 1er Empire avec une hausse importante (35 Frs l'hl) du prix du vin pour que les propriétaires deviennent des vignerons.

Les 1.800 septérées de la paroisse, auxquels s'ajouteront plus tard les 517 septérées de Ste Colombe, étaient réparties en champs, vignes, olivettes, garrigues, bois et nombreuses terres incultes ou en jachère. La carte de Cassini fait bien apparaître la couverture végétale de notre village. La production agricole, environ 1.000 sétiers (en froment, seigle, mêture, touselle, avoine) et 400 cartes d'huile, nourrissait pour moitié les habitants. L'autre moitié sous forme de taille, capitation, dixième etc ..., allait au Roi, ce qui laisse à penser que les charges étaient aussi fortes que les revenus. Les années de gel (comme le rigoureux hiver de 1789) ou de fortes pluies étaient catastrophiques et génératrices de disette.

Pour les travaux agricoles, l'industrie et les transports, on ne savait utiliser que la force musculaire des hommes et des animaux, l'eau courante et le vent. A St GENIES le moulin à vent remontant l'eau de la riviérette au bassin n'existait pas. L'eau était tirée des puits avec des disputes, au sujet de leur emplacement, les gens du bas voulant le puits au plan de l'Est, le haut du village au plan du Portail. Par contre, un moulin à eau tournait au Mas de Rou sur le chemin BAILLARGUES-ST GENIES.

Le seul établissement industriel était la tuilerie de CASTRIES. Quelques carriers extrayaient des pierres à la manière antique; hommes forts, les carriers formaient un groupe à part avec leurs outils bizarres pour les profanes, leur vocabulaire spécifique, leur relative indépendance. Nos aïeux travaillaient de l'aube au crépuscule avec quelques siestes réparatrices. Veillées devant la cheminée l'hiver, parlottes sur les plans l'été, leur vie de labeur s'égayait pour la fête patronale. Les foires de SOMMIÈRES et LUNEL étaient prétextes à sortir du village par la voie Royale ou la route de SOMMIÈRES, les raccourcis restant souvent impraticables pour les charrettes.

A la veille d'une date historique et du grand chambardement, nos aïeux vivaient simplement dans leurs moeurs et leurs coutumes mais difficilement dans leur vie quotidienne. Sans doute, amélioraient-ils leur ordinaire avec un gibier abondant (encore fallait-il donner une hure ou
une anca au seigneur).
Des temps aussi difficiles avec la levée en masse, les réquisitions les attendaient...
Mais les St GENIEROIS espéraient en un monde nouveau.
Vint l'année 1789 ...

Mesures spécifiques à St Géniès :
Septérée de 18 pans de côté: 19,9253 ares.
Septérée divisée en 4 quartes, la quarte en 4 boisseaux.
Sétier : 48,92 litres.
Carte ou canne: 9,62 litres.
Muid: 692,41 litres.

En 1790, Bousquarent, le premier maire de Saint-Geniès demanda au Directoire l'extension du territoire communal, demande rejetée en ce qui concerne le côté ouest. (voir BM n° 10).

Les limites territoriales n'ont pas changé. Le village s'est agrandi au fil des ans. Les nouvelles constructions sortaient des remparts tout en
restant accrochées au coeur du village.
Jusqu'au milieu du XIXe siècle, le village va s'agrandir lentement, les constructions s'abritant au pied du village originel ou longeant les voies de communication, notamment le CD 21.

En 1968, la municipalité met en place un plan d'urbanisme directeur.
Le village va s'étendre jusqu'aux con fronts de Castries; c'est le quartier des Mourguettes.
En 1977, la municipalité élabore un Plan d'Occupation des Sols.
Ce P.O.S. sera modifié en 1987 dans la zone VA, modification tendant à conserver le patrimoine et le bâti ancien.
En 1993, une modification permet la construction de hangars agricoles.
Pour terminer, voici le Saint-Geniès 1996.

Qu'en sera-t-il à l'aube du XXlème siècle ? et plus tard ?

La réponse se trouve et se trouvera dans le Plan d'Occupation des Sols.

En 2004, le village s'aggrandit encore de quelques 70 maisons au lieu dit "Combe de Pierredon", nichée entre le village et la crête de Pierredon, avec 3 nouvelles rues

- des cades
- de l'Aspic
- des Azéroliers

La population du village s'élèvera ainsi à environ 1680 habitants

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