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TOLÉRANCE ET INTOLÉRANCE - DÉFINITIONS

La tolérance est la tendance à admettre des moyens de penser, d'agir et des sentiments différents des nôtres. (Dictionnaire philosophique Larousse)
Il est intéressant de remarquer que l'antonyme INTOLÉRABLE naît bien avant (1295) le positif TOLÉRABLE (1355)
.

La philosophie de la tolérance reconnaît le principe de l'égalité de tous, sans distinction de race, de religion ou de pays; son objectif : substituer des relations de dialogue à des rapports de force et essayer de comprendre le point de vue d'autrui.
C'est un principe de morale lié au RESPECT élémentaire des libertés d'autrui. C'est aussi une preuve d'intelligence, car on s'enrichit toujours au contact de croyance et de pratiques différentes des nôtres
Tolérer, c'est donc renoncer à une part de son pouvoir de sa force, au sens où on surmonte son propre intérêt. La tolérance ne vaut que contre soi et pour autrui.
La vraie tolérance vient de la certitude profonde que CHACUN a raison selon l'observatoire où il est placé ( à chacun sa vérité)

L'intolérance peut s'appliquer à plusieurs domaines :
- privé : "La discorde est le plus grand mal du genre humain et la tolérance en est le seul remède" Voltaire
- religieux : elle entraîne le dogmatisme (loi divine), l'inquisition, l'intégrisme, la suppression des minorités
- politique : la tolérance politique s'exprime par l'existence d'une opposition légale ; l'intolérance aboutit à la dictature, au totalitarisme, au terrorisme.

REMARQUE ; le mot "tolérance " peut être un mot dangereux; être tolérant signifie quelquefois que l'on tolère, c'est à dire que l'on admet souvent avec condescendance les opinions des autres (les maisons de tolérance...).


Le problème de la tolérance se pose pour des questions d'opinion : c'est pourquoi il se pose si souvent :

Quelques exemples récents :

  • - le port du foulard à l'école ou dans l'entreprise (à noter que le port foulard est interdit dans les établissements publics, et en particulier dans les universités, en Turquie.
  • - la justification de la lapidation de la femme adultère par H. RAMADAN ("la Chari'a incomprise", article du Monde du 10/09/02)

Qu'est-ce qu'une opinion, sinon une croyance incertaine ou en tout cas sans autre certitude que subjective. Par exemple la Bible n'est ni démontrable ni réfutable : il faut donc y croire ou tolérer qu'on y croie.
Quand la vérité est connue avec certitude, la tolérance est sans objet. Elle n'appartient pas au domaine scientifique ou tout au moins démontrable (les scientifiques ont besoin non pas de tolérance, mais de liberté).
D'ailleurs connaît-on toujours la VÉRITÉ avec certitude? c'est tout le problème.

Nous sommes obligés de constater qu'actuellement, au nom de ces vérités nouvelles, l'intolérance gagne du terrain. Faut-il, si l'on tolère la Bible tolérer aussi Mein Kampf, le racisme, la torture, les camps, les viols, le crime etc..? Il y a de l'intolérable Où s'arrête la tolérance?

A quoi aboutirait donc une tolérance universelle ?

- ce serait d'abord oublier les injustices, les victimes (tolérer Hitler, c'est déjà se faire son complice).

- poussée à l'extrême la tolérance "finirait par se nier elle-même" (Jankélévitch, Traité des vertus), car laissant les mains libres à ceux qui veulent la supprimer.
"Si l'on est d'une tolérance absolue envers les intolérants et qu'on ne défende pas la société tolérante contre leurs assauts, les tolérants seront anéantis et avec eux la tolérance."

Cependant s'il ne faut pas tout tolérer car ce serait vouer la tolérance à sa perte on ne saurait non plus renoncer à la tolérance vis à vis de ceux qui ne la respectent pas. Ce qui doit déterminer la tolérabilité de tel ou tel individu, groupe ou comportement, ce n'est pas forcément la tolérance (ou l'intolérance) dont ils font preuve, mais plutôt leur dangerosité, la dangerosité étant réelle et non simple position idéologique (A Comte-Sponville, Petit traité des grandes vertus,)
Menacent-ils la liberté ou les conditions pour que soit possible la tolérance ?
Alors ce doit être considéré comme intolérable.

Quelques exemples :

Faut-il interdire un parti politique qui soutiendrait des idées totalitaires, racistes ou antisémites ?
Quelle peut être l'attitude d'un médecin face à des parents qui refusent une transfusion sanguine permettant de sauver la vie d'un enfant?

Dans la société poser des limites à la tolérance ou à l'intolérance, revient à fixer des règles de droit pénal, qui interdisent et sanctionnent ; on peut noter actuellement leur développement (délits de harcèlement moral ou sexuel) ou même leur renforcement, par exemple dans le domaine de l'antisémitisme :(la loi "Gayssot" vise à interdire et sanctionner l'expression publique des discours négationnistes.
Le développement de branches scientifiques nouvelles comme la biotechnique
(clonage par ex) et les lacunes législatives actuelles vont obliger la société à une réflexion qui devrait être ouverte et tolérante.


QUELQUES RÉFLEXIONS SUR LE "DEVOIR D'INTOLÉRANCE" Forum organisé par le Monde au Mans 27-29oct. 1995

- "Résister à l'intolérable, c'est ce qui a fait l'humanité". "Il faut être intolérant à l'égard de l'indifférence et à l'égard de l'intolérance" J. Attali

- Sur le point de savoir s'il y a des vérités universelles, le croyant et le savant tiennent au fond le même discours, affirme le philosophe JF Lyotard : "Si j'ai raison et j'ai raison puisque la vérité m'a été révélée expressément par Dieu ou son prophète, j'ai le devoir sacré de ne pas tolérer l'erreur dit l'un. Et l'autre, comme en écho : "Si j'ai raison et j'ai raison puisque je peux le démontrer par la raison, je n'ai pas le droit, au nom du devoir de vérité, de laisser se propager l'opinion adverse"
"L'intolérance fondée sur la vérité peut être aussi intolérante que l'intolérance fondée sur l'erreur" répond M. Canto-Sperber.

Alors comment concilier la diversité qui appelle la tolérance et le refus de la barbarie qui en marque les limites ?

M. Canto-Sperber affirme ainsi : "pour définir les limites de la tolérance, il faut un principe de neutralité assorti d'un principe de pluralisme"

Cette neutralité, valeur formelle écartant toute forme d'état totalitaire ou religieux permettrait de faire en sorte qu'aucun groupe ne soit favorisé et d'empêcher qu'aucun groupe ne puisse en persécuter un autre et lui nuire.
Le principe de pluralisme exprime la diversité des modes de vie. S'il y a incompatibilité radicale entre ces modes de vie, on peut espérer qu'une discussion rationnelle élargira le consensus ou au contraire (hypothèse pessimiste) il est possible d'aboutir à des conflits.

- E. Poulat, auteur de travaux sur la sécularisation, suggère d'approfondir la réflexion sur la laïcité "espace éthique commun".
Puisque nous sommes "hommes" (du genre humain), que nous avons même corps pour l'essentiel, même raison, nous avons forcément des désirs, des volontés communes. C'est là dans cette rencontre, cet espace commun, que nous pouvons trouver une entente, grâce à la tolérance.

Document introductif préparé par Danielle.
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